Sablier
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D’une seule voix, les grands syndicats demandent au gouvernement Legault de repousser le retour à l’équilibre budgétaire et le remboursement de la dette.

Ils suggèrent d’augmenter les revenus fiscaux et réclament notamment un plan de relance beaucoup plus ambitieux, où Québec pourrait ajouter 20 milliards de dollars (G$) supplémentaires aux 18 G$ déjà dépensés.

C’est ce qu’on peut lire dans un mémoire conjoint obtenu par La Presse canadienne et présenté lundi dans le cadre des consultations prébudgétaires. Les dirigeants syndicaux rencontreront alors le ministre des Finances, Éric Girard, en vue du dépôt de son budget 2021-2022.

La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) exigent de reporter sur sept ans le retour au déficit zéro, pourtant prévu sur cinq ans en vertu de la loi.

« Puisque le gouvernement a fermé la porte à une hausse discrétionnaire de ses revenus autonomes, il ne reste que la voie des compressions budgétaires pour atteindre le déficit zéro. Un tel scénario est inacceptable. »

Les syndicats craignent un « retour à l’austérité », qui affecterait les services publics, et ils estiment que l’endettement est déjà maîtrisé, car « il n’y a pas de spirale de l’endettement en vue ».

En outre, ils suggèrent de suspendre les versements au Fonds des générations, qui sert au remboursement de la dette.

« Il est désolant de voir le gouvernement consacrer 2,7 milliards au remboursement de la dette (Fonds des générations) en plein cœur d’une crise sans précédent », peut-on lire.

SANTÉ ET ÉDUCATION

Dans le document de 38 pages, ils souhaitent notamment que l’État impose davantage les médecins en leur retirant le droit à l’incorporation.

De même, les fédérations et centrales syndicales proposent de revoir à la hausse la fiscalité sur les gains de capital et proposent d’imposer les grandes entreprises numériques.

Les grands syndicats réclament un réinvestissement massif et « urgent » en santé et en éducation, pour rattraper le sous-investissement chronique dans ces missions par rapport à d’autres provinces.

« Est-ce là une explication de la triste performance du Québec concernant le contrôle de l’épidémie? Il est difficile d’exclure ce facteur explicatif. »

Dans le contexte actuel des négociations avec le secteur public, les organisations de travailleurs exigent « que la croissance des budgets permette une réelle amélioration des conditions de travail des milliers d’hommes, mais surtout de femmes, qui chaque jour tiennent nos services publics à bout de bras ».

RÉINDUSTRIALISER LE QUÉBEC

Enfin, les syndicats proposent que la relance serve à rebâtir le secteur manufacturier au Québec, afin de réduire sa dépendance envers les importations, mais aussi, parce qu’il s’agit d’emplois payants et innovants.

Ainsi, il faudrait favoriser les activités de deuxième et de troisième transformation ainsi que mettre en place une politique d’achat au Québec, à l’instar du Buy American Act.

Les syndicats demandent aussi de mieux soutenir les secteurs les plus frappés par la pandémie et d’élargir la consultation sur la relance.

Ils se permettent même d’attaquer directement un des proches du premier ministre François Legault, son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, qui va piloter en grande partie la relance du Québec.

Selon eux, l’appel au dialogue n’a pas été entendu par Pierre Fitzgibbon, « dont la quête de synergies et de pôles d’innovation ne semble pas s’aventurer au-delà des portes closes d’un cercle restreint d’initiés ».