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S’il estime que « la plupart des risques » à l’origine de la crise financière de 2008 ont été « considérablement atténués », le PDG de BlackRock se dit en revanche préoccupé par le court-termisme des marchés et des grandes entreprises.

Dans une entrevue accordée au Monde, Larry Fink affirme que le système financier est aujourd’hui plus sûr qu’il y a 10 ans. « La plupart des risques qui ont provoqué les turbulences de 2008 ont été considérablement atténués. Les banques ont fortement augmenté leur capital, la transparence sur les bilans s’est améliorée, la méthodologie des agences de notation en matière de crédit est mieux comprise. Pour moi, les problèmes d’hier ne devraient pas être ceux de demain ».

Le patron de la première firme d’investissement de la planète, avec quelque 6 000 milliards de dollars d’actif sous gestion, ajoute cependant que, d’après son expérience, « les gouvernements et les régulateurs résolvent les problèmes qui sont à l’origine d’une crise » mais que, « bien souvent, les solutions trouvées portent en elles les germes de la prochaine crise ».

MONTÉE EN PUISSANCE DES MARCHÉS FINANCIERS

Interrogé par le quotidien français sur ce que pourraient être les risques de demain, il note avoir observé deux grands changements au cours de la décennie écoulée. En premier lieu, la dette publique a explosé, ce qui lui fait dire que même si la prochaine crise ne proviendra pas forcément de là, « l’exposition massive des marchés à la dette souveraine est préoccupante, alors que les banques centrales ont commencé à revoir leur politique monétaire ultra-accommodante ».

Deuxièmement, poursuit-il, une autre « évolution majeure » durant cette période a été « la montée en puissance des marchés financiers ». « Après la crise financière, la société dans son ensemble a jugé qu’elle dépendait trop des banques. L’expansion des marchés financiers a été une des réponses. Elle s’est faite au bénéfice des entreprises ou des particuliers qui y trouvent des financements moins chers. (…) Ces marchés portent-ils de nouveaux risques? Je ne pense pas qu’ils soient aussi importants que d’aucuns l’affirment, mais il ne faut pas les ignorer », détaille le dirigeant.

Questionné par Le Monde au sujet des dérives du système financier constatées à maintes reprises au cours des deux dernières décennies, le PDG de BlackRock s’insurge contre « les critiques qui décriraient la finance comme nocive ». En effet, soutient-il, « s’il n’y avait pas les marchés financiers, beaucoup de gens n’auraient accès à aucun financement ». S’il assure que « la majorité du temps, la finance joue un rôle positif pour la société », il admet cependant qu’« à certains moments dans l’histoire, elle a failli ».

« LA BOURSE EST FAITE POUR LES INVESTISSEURS À LONG TERME »

À propos de la faillite de Lehman Brothers, le PDG ajoute cependant que les personnes qui auraient investi en actions les jours précédant sa chute, donc au pire moment, afficheraient aujourd’hui « un gain de 130 % sur leur portefeuille ». « S’il y a malheureusement beaucoup de spéculation sur les marchés, la Bourse n’est pas faite pour les spéculateurs, mais pour ceux qui investissent à long terme. Et les optimistes gagnent plus que les autres », retient-il de cet événement.

Son credo? « L’important ne réside pas dans les montants que nous brassons, mais dans les économies de chaque instituteur, chaque policier, chaque militaire que nous gérons. Nous devons gagner la confiance de nos clients tous les jours, en faisant du mieux possible en termes de performance, mais aussi en leur expliquant l’importance du long terme. À cet égard, nous ne sommes pas assez efficaces. Trop de gens restent concentrés sur le court terme. »

Indiquant par ailleurs avoir « envoyé 1 200 lettres l’année dernière » aux entreprises dont BlackRock est actionnaire, le dirigeant explique que ses équipes sont en train d’analyser ces résultats pour « déterminer quels PDG, dans leurs rapports annuels, expliquent à leurs actionnaires leur stratégie de long terme et leur finalité ». Enfin, s’il reconnaît avoir observé d’« énormes progrès », il se dit néanmoins conscient du fait que « c’est seulement le début » et qu’il faudra surveiller, « au cours des cinq prochaines années », comment ces grandes sociétés passent des mots aux actes.