Photo : wenmei Zhou / istockphoto

La pandémie de COVID-19 sera « l’événement le plus coûteux de l’histoire pour le secteur de l’assurance » et elle représente « sans aucun doute le plus grand défi que notre industrie ait jamais eu à affronter », estime le directeur général du Lloyd’s de Londres, John Neal.

Dans une entrevue publiée vendredi par le Financial Times, le dirigeant juge que le coronavirus occasionnera « des dizaines de milliards, voire des centaines de milliards de dollars de dommages ». Par conséquent, ajoute-t-il, les indemnisations qui seront versées aux entreprises et aux particuliers dépasseront de très loin les quelque 50 milliards que les assureurs avaient dû débourser après l’ouragan Katrina, en 2005.

En plus de devoir dédommager leurs clients ayant subi des préjudices, les assureurs devront en effet probablement leur rembourser certaines primes déjà payées en raison du ralentissement général de l’activité économique. « Beaucoup de polices d’assurance s’adaptent en fonction du chiffre d’affaires, des salaires ou de l’utilisation que les assurés en font », rappelle le patron de la Lloyd’s de Londres. Résultat, au Royaume-Uni, par exemple, la pandémie entraînera le remboursement de « centaines de millions de livres » de primes par l’industrie.

VERS UNE SÉRIE DE RECOURS COLLECTIFS?

Déjà critiqué dans le pays pour sa position en cas de réclamations dues à une interruption d’activité, le secteur de l’assurance pourrait en outre devoir prochainement faire face à une série de recours collectifs. La raison? Si la quasi-totalité des polices standard britanniques excluent les pandémies, nombre de clients, soutenus par des avocats, affirment aujourd’hui qu’ils sont néanmoins en droit d’attendre un remboursement.

La semaine dernière, le Hiscox Action Group (HAG), un groupe de 200 personnes décidées à intenter un recours collectif contre la compagnie britannique Hiscox Insurance, a ainsi annoncé avoir fait appel au célèbre cabinet d’avocats Mishcon de Reya pour défendre ses intérêts. Il a également indiqué être en pourparlers avec un bailleur de fonds pour financer son action en justice. Face à cette menace, Hiscox, qui avait jusqu’alors affirmé que ses polices destinées aux petites entreprises ne couvraient pas les pandémies, semble avoir mis de l’eau dans son vin.

Dans une déclaration faite au milieu de la semaine, la compagnie a en effet déclaré qu’elle était prête à travailler « avec le secteur de l’assurance britannique, ses régulateurs et ses clients pour trouver des moyens d’accélérer la résolution » de ce conflit.

UN RISQUE QUE LES ASSUREURS DEVRAIENT COUVRIR

Le HAG a par ailleurs indiqué qu’il pourrait réclamer à Hiscox des montants supplémentaires en vertu d’une loi entrée en vigueur en 2016, qui permet aux entreprises de demander des dommages et intérêts aux assureurs en cas de retard de paiement. Si aucune demande de ce type n’a abouti depuis l’introduction de la loi, certains avocats jugent que celle-ci pourrait être utilisée aujourd’hui avec succès. « C’est un risque que les assureurs devraient prendre en compte », estime Richard Mattick, avocat au bureau de Londres du cabinet international Covington & Burling.

Conscient de l’enjeu, John Neal appelle les assureurs à accepter de traiter la question de l’interruption des activités des entreprises. « L’industrie devrait rapidement mettre en place des mécanismes pour que, lorsqu’il y a un litige, la procédure ne dure pas des mois, voire plus longtemps », insiste-t-il. Et le patron du Lloyd’s de Londres ajoute que les assureurs devraient également se mettre d’accord avec le gouvernement sur la façon dont une deuxième vague de cas de coronavirus pourrait être couverte. « Nous avons quelques semaines, et non des mois, pour résoudre certains de ces problèmes immédiats », conclut-il.