La peur du coronavirus
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L’inquiétude d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a fait place à un autre motif de crainte pour la planète finance : l’explosion du coronavirus apparu dans la ville de Wuhan en décembre, relève Fiera Capital.

Dans son commentaire mensuel publié vendredi dernier, la société de gestion de placement indépendante souligne en effet que si les marchés ont bien débuté l’année grâce à l’apaisement des tensions entre les deux poids lourds de l’économie, les investisseurs ont en revanche « rapidement perdu confiance lorsque l’éclosion du virus a assombri les perspectives de la croissance mondiale déjà fragile ».

Résultat, poursuit la firme, « cette épidémie et les efforts déployés pour la contenir ont contraint les investisseurs à réajuster leurs prévisions pour la deuxième économie de la planète et, par ricochet, la croissance mondiale ». La bonne nouvelle, ajoute Fiera, c’est que « les décideurs politiques chinois ont réagi rapidement en adoptant de nouvelles mesures visant à minimiser les dommages sur les marchés financiers et l’économie ». La mauvaise, cependant, c’est que « malheureusement, le climat d’incertitude devrait se maintenir jusqu’au moment où la progression du virus aura été freinée ».

LES OBLIGATIONS ET L’OR, VALEURS REFUGES

Relevant que les marchés boursiers ont été « malmenés par les investisseurs », ceux-ci craignant que la propagation du virus ne nuise aux perspectives de croissance, Fiera note que les indices S&P 500 et Dow ont perdu les gains enregistrés depuis le début de l’année, et ce, malgré les bons bénéfices annoncés par les entreprises. L’indice S&P/TSX est toutefois allé à contre-courant de cette tendance mondiale en s’inscrivant en hausse grâce à son important volet d’or, qui a agi à titre de couverture pendant un mois de janvier « très volatil ».

Dans le même temps, à l’extérieur du Canada, les marchés internationaux développés ont chuté sous l’effet des manchettes concernant le coronavirus. Les marchés émergents ont connu une période encore plus difficile, l’indice MSCI des actions des marchés en développement perdant près de 5 %. « Au vu du nombre croissant de victimes et de la propagation rapide du virus, les investisseurs se sont réfugiés dans les obligations, entraînant ainsi les taux de rendement vers les creux historiques de l’automne dernier, en plus de provoquer une forte augmentation des titres à rendement négatif dans le monde », analyse la société de gestion de placement.

Dans ce contexte, constate-t-elle, la demande en bons du Trésor américain a été « tout particulièrement élevée », évoquant ainsi « le spectre de la ruée vers les obligations gouvernementales » enregistré durant l’été 2019, lorsque les craintes de récession dominaient les marchés.

DES MATIÈRES PREMIÈRES ORIENTÉES À LA BAISSE

Toujours au mois de janvier, la courbe des taux de rendement s’est nettement aplanie. Le taux de rendement du bon du Trésor des États-Unis à 10 ans a perdu 41 %, à 1,51 %, tandis que son homologue à 30 ans a reculé sous la barre des 2 %, et ce, pour la première fois depuis octobre. Dans le segment à court terme, le taux à deux ans a quant à lui retranché 26 %, à 1,31 %. La raison? Les investisseurs ont relevé « la probabilité d’une réduction des taux par la Réserve fédérale, malgré son intention de conserver le statu quo et ses prévisions économiques relativement optimistes ».

Le prix du cuivre a par ailleurs dégringolé, toujours « en raison des craintes voulant que l’épidémie plombe les perspectives mondiales », puisque la Chine représente la moitié de la demande mondiale. Dans le même ordre d’idées, le pétrole a perdu de la valeur « sous l’effet des inquiétudes entourant la croissance mondiale et les restrictions concernant les voyages, deux éléments qui pourraient provoquer une chute de la demande dans cet environnement ».

Enfin, durant cette période, l’or a fracassé son record de 2013. Un phénomène que Fiera attribue aux craintes d’une propagation rapide du virus, ce qui aurait notamment pour conséquence de stimuler la demande en valeurs refuges et de nourrir les attentes du maintien de taux très faibles par la Fed, conclut la société.

Fin janvier, un rapport du service d’analyses économiques de la Banque Scotia indiquait que c’est la peur d’une pandémie potentielle – plutôt que le virus lui-même – qui rend les marchés nerveux.