Femme stressée, devant son ordinateur portable.
Photo : mapodile / iStock

Les entreprises appartenant à des femmes ont été les plus durement touchées par la pandémie de COVID-19, révèlent de nouvelles recherches.

Selon une étude de FreshBooks, ces entreprises œuvrant dans tous les secteurs mettent presque deux fois plus de temps à se remettre des revers financiers provoqués par la COVID-19 par rapport à celles détenues par des hommes.

Même les secteurs normalement à prédominance féminine voient désormais les entreprises appartenant à des hommes se rétablir beaucoup plus rapidement.

Les travailleuses autonomes se rétablissent financièrement aussi encore beaucoup plus lentement que leurs homologues masculins, dit l’étude.

Amanda Munday est l’une de ces femmes d’affaires qui ont grandement souffert de la crise.

Du jour au lendemain, les revenus de son entreprise, mi-espace de bureau, mi-garde d’enfants, sont tombés à zéro, elle qui venait d’ajouter une neuvième employée lorsque la pandémie a frappé.

Depuis, Amanda Munday, qui est aussi une mère célibataire, tente de maintenir son entreprise à flot tout en s’occupant de ses deux enfants, âgés de 6 et 3 ans.

« J’ai l’impression de me noyer et qu’il n’y a personne pour m’aider à m’occuper de quoi que ce soit », se plaint-elle.

« Il ne fait aucun doute que mon entreprise souffre, ajoute-t-elle. Je suis déchiré entre prendre soin de mes enfants et diriger une entreprise. Il n’y a pas de monde dans lequel j’accorde toute mon attention à mon entreprise. Mes objectifs sont toujours partagés entre les enfants et le travail. »

Elle n’est pas seule.

Une série d’études publiées au cours des 11 derniers mois révèlent que les femmes supportent généralement davantage le fardeau familial de la pandémie, une tendance qui a un impact sur leur travail rémunéré.

Un rapport de l’ONU, par exemple, indique que si les hommes et les femmes voyaient leur « charge de travail non rémunérée » augmenter, les femmes prenaient encore plus de soin des enfants, de l’enseignement, de la cuisine, du nettoyage et de l’épicerie.

Une autre étude d’Économique RBC signale que la pandémie a fait chuter la participation des femmes à la population active à son niveau le plus bas en plus de 30 ans.

La vice-première ministre et ministre des Finances Chrystia Freeland parle même d’une « récession féminine » (« she-cession ») pour décrire l’effet disproportionné de la pandémie sur les femmes.

De son côté, Statistique Canada laisse entendre que la pandémie a eu des impacts similaires sur toutes les entreprises, mais ajoute que celles appartenant à des femmes étaient encore plus susceptibles de licencier une plus grande proportion de leur main-d’œuvre et d’avoir plus d’employés travaillant à distance.

Elles étaient plus nombreuses à déclarer qu’elles ne prévoyaient pas de prendre de l’expansion au cours de la prochaine année et qu’elles n’avaient pas la capacité de s’endetter davantage.

La vice-présidente principale des affaires nationales et des partenariats de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) faisait en novembre le même constat devant le comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes.

« Les entreprises appartenant à des femmes ont tendance à être plus nouvelles et plus petites que celles appartenant à des hommes, ce qui pourrait également expliquer certains des défis supplémentaires auxquels elles ont été confrontées », avait dit Corinne Pohlmann.

Les entrepreneuses sont aussi moins susceptibles d’accéder à la subvention salariale fédérale, avait-elle déclaré.

Corinne Pohlmann avait ajouté que « les femmes propriétaires de PME sont beaucoup plus susceptibles de s’inquiéter de la réduction des dépenses de consommation, même après la COVID, de leur endettement croissant, de leurs liquidités et de faire face à un stress accablant par rapport à leurs homologues masculins ».

Selon Martha MacDonald, une professeure d’économie de l’Université Saint Mary’s, en Nouvelle-Écosse, la question de la garde des enfants et du travail non rémunéré à la maison est essentielle pour comprendre la participation des femmes à la population active pendant la pandémie.

« Qu’elles soient salariées ou qu’elles tentent de diriger une entreprise, les femmes ont été les plus touchées par la fermeture des services de garde d’enfants ou par le renvoi d’enfants à la maison, souligne-t-elle. Les preuves montrent clairement que les femmes ont été plus susceptibles d’être affectées par leurs responsabilités familiales pendant la pandémie que les hommes. »