Banques en contre-plongée
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La pandémie de COVID-19 a indirectement permis à des dizaines de milliers d’employés du secteur bancaire dans le monde de conserver leur emploi, au moins provisoirement, rapportent Les Echos.

Plusieurs institutions financières de premier plan, tant aux États-Unis qu’en Europe, ont en effet annoncé récemment leur intention de surseoir à leurs projets de restructuration. Dans le contexte actuel de pandémie, elles craignent notamment d’écorcher leur image en laissant supposer qu’elles seraient insensibles à la détresse de leurs employés.

« Elles veulent éviter d’apparaître comme une partie du problème et font profil bas, aidées par les banques centrales et les gouvernements pour prêter aux ménages et aux entreprises », notent Les Echos.

« UNE QUESTION DE DÉCENCE »

Le groupe HSBC a ainsi suspendu son plan de suppression de quelque 35 000 emplois partout dans le monde. « À cause de l’impact extraordinaire de la COVID-19, nous avons décidé de faire une pause, pour l’instant, pour la grande majorité des licenciements associés à ce programme lorsque les notifications de cessation de travail n’ont pas déjà été émises », a indiqué le directeur général du groupe sino-britannique, Noel Quinn, dans un message adressé en mars au personnel.

Lloyd’s Banking Group a également décidé de reporter son plan de compression des effectifs de 780 postes « en raison de la conjoncture actuelle incertaine ». « Notre priorité est de nous concentrer sur nos clients et nos collègues pendant cette période sans précédent », a déclaré un porte-parole de l’institution financière. Pour « éviter de causer une détresse affective supplémentaire dans l’environnement actuel », Deutsche Bank, qui avait prévu de supprimer 18 000 postes d’ici à 2022, a pour sa part annoncé l’arrêt de tout licenciement, et ce, jusqu’au retour « à une plus grande stabilité » en Allemagne et « dans le monde qui nous entoure ».

De son côté, le PDG de Credit Suisse, Thomas Gottstein, a indiqué qu’à cause de la pandémie la banque renonçait dans l’immédiat à son intention d’alléger ses activités de marché. « Je ne crois pas que c’est dans ce genre de situation que nous allons annoncer des mesures de restructuration », a enfin assuré le patron de la Société Générale, Frédéric Oudea, qui a mis en avant « une question de décence ».

LES BANQUES FONT PROFIL BAS

Même son de cloche aux États-Unis où, grâce au soutien de la Réserve fédérale, certaines institutions financières ont tenu à rassurer leurs salariés. Sauf « problème de performance ou violation du code de conduite, vos emplois sont assurés », a ainsi promis le PDG de Morgan Stanley, James Gorman. Un engagement qu’a aussi pris son homologue de Bank of America, tandis que le nouveau patron de Wells Fargo, Charlie Scharf, a annoncé son intention de « marquer une pause dans le lancement de nouvelles suppressions de postes ». Enfin, selon l’agence Bloomberg, Citigroup aurait également décidé de suspendre jusqu’à nouvel ordre tout licenciement supplémentaire.

« Un tel mouvement de modération dans le monde financier n’est pas anodin. Dans cette vaste crise sanitaire, les banques veulent en effet éviter d’apparaître comme une partie du problème, contrairement à 2008, et plutôt même comme une part de la solution. Elles font d’autant plus profil bas qu’elles sont désormais aidées par les banques centrales et les gouvernements pour continuer de prêter aux entreprises, ce qui rend les licenciements délicats politiquement », analysent Les Echos.