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Les dirigeants des plus grandes banques du Canada affirment que les hausses des taux d’intérêt commencent à avoir l’effet escompté en ralentissant la demande, mais qu’elles continuent d’entailler la croissance.

S’exprimant lors d’une conférence sur l’investissement à Toronto, alors que la Banque du Canada annonçait une hausse de trois quarts de point de pourcentage, le chef de la direction de la Banque Royale, Dave McKay, a souligné que même si le crédit commercial restait solide, il y avait des signes de faiblesses dans certains secteurs.

« L’impact le plus important de ces taux plus élevés est qu’ils ont disloqué une partie de la demande sur certains marchés. On constate certainement que les marchés hypothécaires réagissent aux taux plus élevés, et donc on constate une croissance plus lente des marchés hypothécaires », a expliqué Dave McKay.

La banque constate également un ralentissement des achats par carte de crédit alors que les gens deviennent plus conservateurs après une période de forte croissance dans ce secteur, tandis que la demande ralentit également ailleurs à la banque.

« Des marchés commerciaux aux marchés hypothécaires résidentiels aux marchés des cartes de crédit, on commence à voir l’impact. Et c’est ce que veut la Banque du Canada, d’accord. Elle veut un ralentissement de l’activité. »

Dave McKay a cependant ajouté que les particuliers et les entreprises détenaient toujours des quantités élevées d’argent et d’autres formes de liquidités, et que le chômage restait à des niveaux record, ce qui pourrait servir d’amortisseur à tout atterrissage brutal de l’économie, et entraîner une reprise plus rapide.

En haussant son objectif de taux d’intérêt directeur à 3,25 %, la Banque du Canada a dit qu’elle s’attendait à ce qu’elle doive encore augmenter ses taux à l’avenir, compte tenu des perspectives d’inflation.

Le grand patron de la Banque de Montréal, Darryl White, a indiqué que même s’il s’attendait à un ralentissement du côté des prêts commerciaux l’année prochaine, la croissance des prêts se poursuivait pour l’instant, puisque les entreprises répercutent les hausses de prix sur les consommateurs et que la demande reste élevée.

Il a toutefois souligné qu’éventuellement, la simultanéité de la hausse des coûts des intrants, des coûts de la main-d’œuvre, des coûts de l’énergie et des coûts du service de la dette allait avoir un impact sur la demande de prêts commerciaux.

« Viendra un jour où l’emprunteur commercial au sens large dira, vous savez, je dois trouver une façon de me retirer. »

Entre-temps, le chef de la direction de la Banque CIBC, Victor Dodig, a indiqué que l’augmentation des liquidités avait aidé à maintenir le rythme de l’économie, mais que la hausse des taux de la Banque du Canada, qui sont passés de 0,25 % au début de l’année à 3,25 % aujourd’hui, évacuera cet excès hors du système.

« Je pense que les hausses de taux ont l’effet escompté sur les prix de l’immobilier. Je pense qu’elles auront l’effet escompté sur l’inflation des salaires. Je pense qu’elles auront l’effet escompté sur la stabilité des prix. Voyons donc comment cela se déroulera. Mais je crois que les banques centrales font tout ce qu’elles peuvent pour calmer l’inflation et améliorer les choses », a-t-il affirmé.