Alors que les banques centrales prennent des mesures énergiques pour combattre l’inflation, une nouvelle recherche publiée par la Banque du Canada met en garde contre le fait que les récessions passées ont été suivies d’une augmentation de l’inégalité des revenus.

Dans un nouveau document de travail, les chercheurs constatent que l’inégalité des revenus au Canada a été relativement stable au cours des 25 dernières années, mais que des augmentations significatives d’inégalité ont été observées au cours des années 1980 et dans la première moitié des années 1990, alors que des récessions touchaient le pays.

« Bien que de nombreux facteurs soient entrés en jeu au cours de ces périodes, les mesures de politique monétaire visant à maîtriser une inflation excessive et à limiter une nouvelle accumulation de vulnérabilités économiques ont joué un rôle dans ces récessions », constate le document.

Ces ralentissements économiques ont entraîné une augmentation des inégalités, car les revenus des personnes faiblement rémunérées ont été « particulièrement touchés » au cours de ces récessions et n’ont pas récupéré, alors que ceux des personnes à haut revenu se sont « rétablis rapidement » et ont ensuite continué à augmenter, note l’étude.

Au cours des 25 dernières années, cependant, l’inégalité des revenus s’est améliorée.

Le document cite le système progressif d’impôt sur le revenu du Canada et les transferts gouvernementaux aux ménages comme des facteurs qui ont réduit l’inégalité en général et limité son augmentation lors des récessions plus récentes.

Néanmoins, les inquiétudes quant au risque d’accroissement des inégalités demeurent, notamment à la suite de la pandémie, qui a touché de façon disproportionnée les femmes et les travailleurs à faible revenu.

Aujourd’hui, alors que les conditions monétaires se resserrent, les préoccupations des responsables politiques concernant l’augmentation des inégalités pourraient refaire surface. D’autant plus que les mesures prises pendant la pandémie pourraient avoir stimulé l’économie « d’une manière qui a surtout profité aux riches ».

« Une combinaison de la destruction dévastatrice des moyens de subsistance d’un grand nombre de personnes dans le monde et de l’augmentation de la fortune de quelques-uns, a alimenté une inquiétude plus profonde », prévient le document.

« Cette préoccupation se concentre sur les effets néfastes de l’inégalité non seulement sur la santé et le bonheur des individus, mais aussi sur la cohésion sociale et la confiance dans les institutions qui servent les citoyens d’un pays, poursuit-il. La recherche a montré que la croissance économique et la stabilité sont affectées négativement lorsque les inégalités augmentent. »

QUELLE EST LA PROBABILITÉ D’UN EFFONDREMENT ?

Dans une note de recherche, William Robson, de l’Institut C.D. Howe, a examiné la possibilité qu’une récession précède une baisse de l’inflation.

« De même qu’il faut une économie chaude pour faire grimper l’inflation, il faut une économie froide pour la faire baisser », assure William Robson. Cela s’est produit avant les chutes soudaines de l’inflation en 1976, 1983 et 1992, lorsque l’indice des prix à la consommation a chuté de plus de 4,5 points de pourcentage. (Une telle chute sera nécessaire pour atteindre une inflation de 2 % à la fin de 2024, comme le prévoit la Banque du Canada dans son dernier rapport sur la politique monétaire).

Toutefois, si un effondrement se produit à court terme, William Robson estime qu’il pourrait être moins grave que les fois précédentes. Il évoque trois raisons : une amélioration de l’économie mondiale à mesure que les chocs d’offre s’atténuent et que les banques centrales dénouent les « excès monétaires et fiscaux » ; une meilleure éducation sur la relation entre la politique monétaire et l’inflation ; et une augmentation des attentes d’un ralentissement.

« Si des perspectives plus sombres incitent à la prudence dans l’ensemble de la population, les prochaines hausses de taux d’intérêt de la Banque du Canada seront moins importantes, et le cycle se terminera plus tôt », conclut William Robson.