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Après avoir franchi la moitié de l’année, le principal sujet de préoccupation des investisseurs peut se résumer en un mot : l’inflation. Pour le deuxième semestre, l’attention devrait se porter sur le moment où les banques centrales passeront de l’inflation aux préoccupations relatives au ralentissement de la croissance économique, selon un directeur des placements.

Au Canada et aux États-Unis, l’inflation a atteint des sommets jamais vus depuis environ quatre décennies. Bien que le Conference Board du Canada ait récemment déclaré que l’économie canadienne ne devrait pas se contracter, certaines institutions financières prévoient que le pays entrera dans une récession « modérée » l’année prochaine., Ainsi, le Conference Board a récemment déclaré que le PIB réel américain pour 2022 s’établira à 1,7 % en glissement annuel, et qu’une récession se produira plus tard cette année et au début de 2023, ralentissant la croissance à 0,5 % l’année prochaine.

« Tout le monde utilise le mot « pivot » pour décrire [quand et s’il] y aura une pause dans le cycle de relèvement [des taux] et, au-delà, une nouvelle réduction des taux pour soutenir une économie qui ralentit », souligne Chhad Aul, CIO de SLGI Asset Management. Les premiers signes indiquent déjà un ralentissement de la croissance dans les secteurs de l’économie sensibles aux taux, ajoute-t-il.

Ces signes comprennent le refroidissement du marché du logement (en particulier au Canada), le ralentissement de l’activité manufacturière mondiale, les pressions sur les prix dues à l’inflation et à la hausse des taux, qui ont une incidence sur les bénéfices des entreprises, et le resserrement du marché du travail.

Environ 10 % du PIB du Canada provient de l’activité immobilière résidentielle, remarque Chhad Aul. Selon les dernières données de l’Association canadienne de l’immeuble, les ventes de maisons en juin 2022 étaient inférieures de 24 % au record établi en juin 2021, la hausse des taux ayant contribué à refroidir un marché jusqu’alors en surchauffe.

Un refroidissement du marché du logement entraîne ensuite une réduction de la consommation et de la demande de manière plus générale, continue Chhad Aul, ce qui ralentit la croissance économique.

Lorsque la croissance devient une préoccupation, les obligations – en particulier les obligations de base de haute qualité – deviennent plus intéressantes dans un portefeuille, rappelle-t-il. Dans une récente mise à jour sur le marché, Chhad Aul écrit que son équipe et lui ont augmenté la composante des obligations canadiennes de base des portefeuilles qu’ils gèrent, car les rendements sont devenus plus attrayants.

Parmi les données sur la fabrication, les commandes des usines américaines n’ont cessé de diminuer cette année. L’industrie manufacturière « est la partie la plus cyclique de l’économie, elle a donc tendance à être à l’avant-garde des tournants de l’économie », assure Chhad Aul.

Il recommande de « s’éloigner » des parties cycliques du marché et d’investir plutôt dans des secteurs défensifs tels que les biens de consommation de base, les services publics, les télécommunications et les soins de santé.

Chhad Aul garde également un œil sur la saison des résultats du deuxième trimestre en cours aux États-Unis.

« De manière générale, les attentes des analystes en matière de bénéfices n’ont pas été révisées à la baisse, compte tenu de la dynamique observée jusqu’ici depuis le début de l’année », explique Chhad Aul, faisant référence aux impacts de l’inflation et de la hausse des taux d’intérêt.

« Jusqu’à présent, le marché a surtout parlé de la réduction du multiple et de ce qu’il est prêt à payer pour ces bénéfices, précise-t-il. Mais il n’a pas vraiment revu à la baisse les bénéfices eux-mêmes. Or, c’est généralement la prochaine étape à franchir. »

En examinant le marché du travail canadien, Chhad Aul souligne le taux d’emplois vacants du pays. Selon Statistique Canada, le taux national d’emplois vacants est passé à 5,2 % au premier trimestre de 2022, contre 3,6 % au premier trimestre de 2021. Le nombre total d’emplois vacants au premier trimestre a ainsi augmenté d’une année sur l’autre, passant de 553 480 à 890 385.

« Si les emplois ne sont pas perdus, cela permet de garder sous contrôle certaines de ces autres préoccupations autour de la consommation, affirme Chhad Aul. Tant que les gens ont un emploi, il y a au moins un soutien de base à la consommation. »

Le taux de chômage au Canada a atteint un niveau record de 4,9 % en juin, car moins de personnes ont cherché du travail. Aux États-Unis, le taux est de 3,6 %.

Le conseil de Chhad Aul aux conseillers en ce qui concerne leurs clients est de s’en tenir à leurs plans d’investissement stratégiques, d’apporter des changements progressifs au sein du portefeuille afin de réduire le risque de baisse et d’ajouter quelques opportunités de hausse en cours de route.

S’ils souhaitent procéder à des allocations supplémentaires dans le portefeuille, les conseillers doivent utiliser l’approche de la « moyenne », conseille-t-il.