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Alors que les partisans d’une destitution de Donald Trump sont de plus en plus nombreux de l’autre côté de la frontière, cette éventualité ne semble pas de nature à perturber les cours de la Bourse, rapporte Advisor’s Edge.

Depuis que le président est entré en fonction en janvier 2017, il est menacé de destitution, et il ne s’agit donc pas là d’une grande nouveauté, estime par exemple Angelo Katsoras. S’interrogeant récemment sur la manière dont la procédure de destitution pourrait affecter les marchés, cet analyste géopolitique à la Banque Nationale souligne qu’il est difficile de prévoir ce qui se passera dans cette éventualité et comment le secteur financier réagira.

Le milliardaire a déjà été mêlé à plusieurs scandales depuis ces dernières années, rappelle-t-il. Outre diverses accusations de harcèlement sexuel, il y a eu soupçon de collusion avec des personnalités russes proches du président Vladimir Poutine, puis les supposées tentatives russes d’interférer en sa faveur dans la campagne électorale américaine, et enfin l’idée avancée par plusieurs responsables politiques démocrates que le magnat de l’immobilier était mentalement instable. Sans oublier, bien sûr, l’affaire ukrainienne, le scandale le plus récent, qui pourrait faire tomber l’actuel locataire de la Maison-Blanche. Autrement dit, résume l’analyste, « nous avons affaire à une menace de destitution permanente ».

« AUX ÉTATS-UNIS, IL Y A DEUX MONDES PARALLÈLES »

S’il admet que le soutien à la destitution de Donald Trump a « explosé » au cours des derniers mois, Angelo Katsoras souligne néanmoins qu’il s’agit surtout d’un phénomène constaté chez les électeurs démocrates. « Si vous regardez CNN demain matin, vous penserez que le président est fini. Mais si vous regardez Fox News dans la soirée, vous penserez au contraire que tout va bien. Il y a là comme deux mondes parallèles », relève l’expert. Celui-ci rappelle au passage que 228 élus à la Chambre des représentants se disent en faveur d’une enquête de destitution, soit plus que les 218 votes nécessaires pour entamer la procédure d’impeachment. Toutefois, nuance-t-il, aucun de ces votes ne provient du côté républicain, qui, pour l’instant, fait bloc autour de son chef.

Qui plus est, ajoute l’analyste de la Banque Nationale, la « base républicaine adore Trump ». Et comme aucun élu républicain ne s’est prononcé en faveur d’une procédure de destitution, il estime que le fait de s’attaquer au président pourrait constituer une sorte de « suicide politique » pour certains parlementaires siégeant au Congrès. « Donald Trump est presque aussi populaire que Ronald Regan, dans les années 1980, note Angelo Katsoras. Même si les procédures vont de l’avant, la question que les investisseurs doivent se poser est de savoir si cette mise en accusation ressemblera à celles de 1974 ou de 1998. »

L’analyste rappelle que la procédure de destitution menée contre le 37e président des États-Unis, Richard Nixon (le seul président, à ce jour, à avoir démissionné), a commencé alors que la majeure partie de l’opinion publique américaine et du parti républicain s’y opposait. « Toutefois, au fur et à mesure des révélations sur l’implication de Nixon dans le scandale du Watergate, la population et nombre de républicains ont fini par lâcher le président. » Quant au précédent de la tentative d’impeachment visant Bill Clinton pour sa liaison avec Monica Lewinsky, une stagiaire employée par la Maison-Blanche, elle a fait long feu, note Angelo Katsoras. « L’opinion publique était d’avis qu’il était exagéré d’essayer de mettre en accusation le président Clinton pour cette affaire. Et après cette tentative avortée, sa popularité n’a fait qu’augmenter. »

« EN 1974 ET EN 1998, LES MARCHÉS SE SONT CORRIGÉS »

« Aujourd’hui, nous nous trouvons quelque part entre ces deux situations », estime l’analyste. Bien qu’il ait prédit que Donald Trump pourrait être destitué par la Chambre des représentants, il pensait également que le Sénat déciderait de bloquer cette décision. Et il ne croyait pas que le président gagnerait en popularité à la suite d’une procédure de destitution : « Le pays est très partisan et divisé sur cette question », souligne-t-il. Désireux d’évaluer l’impact qu’une telle éventualité aurait sur les marchés, Angelo Kastoras s’est tourné vers les précédents de 1974 et 1998 pour tenter d’obtenir des réponses. Mais l’exercice s’avère délicat. « Quand Richard Nixon a été mis en cause, les marchés se sont corrigés de manière importante. Cependant, c’était surtout à cause de la crise pétrolière au Moyen-Orient dans les années 1970 et de la faiblesse du dollar américain », explique-t-il.

Il relève que le marché s’est également « un peu » corrigé en 1998, au moment de « l’affaire Lewinsky », mais qu’il y avait alors une crise financière qui a aggravé la situation. « Lorsque le Fonds monétaire international est intervenu, les choses se sont un peu stabilisées » rappelle-t-il. Sa conclusion? À elle seule, la destitution de Donald Trump ne suffirait pas à faire dérailler les marchés américains. En revanche, ajoute-t-il, « si un autre événement se produisait en même temps dans l’économie mondiale, cela pourrait ajouter au marasme ambiant » et donc créer des difficultés.