L'Asie vue du ciel.
Photo : Anton Balazh / 123RF

Difficile pour les professionnels du conseil financier et les investisseurs de résister au chant des sirènes des titres des entreprises chinoises, notamment dans le secteur des technologies. Cependant, les tensions entre la Chine et les États-Unis pourraient avoir un impact négatif sur des investisseurs trop exposés à ce marché. 

Sur un an, l’indice MSCI China All Shares Index est en hausse de 22 %, comparativement à une modeste progression de 3,9 % du S&P 500 pendant la même période. Pas étonnant que les investisseurs et ceux qui les conseillent reluquent les titres de ce marché. Les mêmes investisseurs comptent aussi sur des compagnies technologiques américaines qui misent beaucoup sur le marché chinois.

Cet engouement inquiète certains analystes, rapporte Financial-Planning. Ceux-ci s’interrogent d’abord sur l’impact négatif des tensions entre la Chine et les États-Unis. Depuis juillet 2018, les États-Unis ont augmenté quatre fois les tarifs imposés à plus de 360 G$ US de biens chinois importés. Le dragon asiatique a répliqué avec des tarifs sur plus de 110 G$ US de produits américains. La rivalité menace aussi d’accélérer le processus de découplage entre deux économies grandement interdépendantes depuis plusieurs années.

Les investisseurs devraient donc porter une attention particulière aux titres qui garnissent leur portefeuille. Les géants technologiques américains pourraient-ils souffrir d’une riposte orchestrée contre eux par la Chine, après que l’administration Trump a interdit l’achat de puces électroniques américaines par Huawei? Ce n’est pas impossible. Déjà, une note d’économistes de la Réserve fédérale de New York et de l’Université Columbia souligne que la valeur en Bourse des entreprises américaines a décliné d’au moins 1 700 G$ US en raison des tarifs imposés aux importations chinoises. 

MANQUE DE TRANSPARENCE

De son côté, la Securities and Exchange Commission s’inquiète du manque de transparence dans la comptabilité et les normes de gouvernance des entreprises chinoises listées sur les Bourses américaines. Elles sont au nombre d’environ 150 et représentent une capitalisation boursière de 1 200 G$ US.

Or, leurs audits ne peuvent être vérifiés par la branche américaine du Public Company Accounting Oversight Board (PCAOB) et des inquiétudes subsistent quant aux méthodes des entités qui contrôlent ces audits financiers en Chine. On n’a qu’à se rappeler le scandale Enron pour prendre la mesure des risques qu’une mauvaise vérification des états financiers fait courir aux investisseurs. 

Le gouvernement Trump menace de s’arroger le pouvoir de faire expulser d’une Bourse américaine toute société chinoise qui ne respecte pas les standards de contrôle financier américain dès janvier 2022. Les entreprises chinoises pourraient réagir en se repliant sur d’autres Bourses dans leur propre territoire, comme à Hong Kong, Shanghai ou Shenzhen.

Le géant Ant Group, de Jack Ma, potentiellement le plus gros premier appel à l’épargne de l’histoire, a commencé à s’enregistrer aux Bourses de Shanghai et Hong Kong, justement en raison des conflits entre les États-Unis et la Chine.

SOURCE DE VOLATILITÉ

Cette rivalité aura aussi pour effet de créer des incertitudes, et donc de la volatilité, dans plusieurs marchés. C’est particulièrement vrai dans une année électorale américaine. C’est sans compter que les prix actuels ne reflètent pas l’éventualité d’un éventuel conflit armé dans le détroit de Taïwan ou d’affrontements dans la mer de Chine méridionale. 

Les conseillers doivent tenir compte de cette géopolitique et calculer prudemment les opportunités et les risques que présentent les titres chinois et les titres fortement corrélés aux relations États-Unis-Chine qui se trouvent dans les portefeuilles.