Personnages de la série américaine « Friends ».
Photo : NBC

La conjoncture actuelle sur les marchés ressemble à bien des égards à celle qui prévalait dans les années 1990, soutenait récemment dans un blogue Kevin McCreadie, chef de la direction et chef des investissements à AGF.

Il donne en exemple la mode des fameuses « licornes », ces jeunes pousses du secteur technologique, dont les entrées spectaculaires en Bourse se succèdent à un rythme soutenu. À certains égards, elles sont mieux établies que leurs prédécesseures des années 1990, qui ont finalement mené à l’éclatement de la bulle techno. Cela ne doit pas faire oublier pour autant qu’un grand nombre d’entre elles, malgré une valorisation égale ou supérieur à un milliard de dollars américains, ne génèrent aucun profit.

AUTRES MAUX, MÊMES REMÈDES

La stratégie de la Réserve fédérale américaine (Fed) rappelle aussi les années 1990, selon Kevin McCreadie. L’institution affrontait alors l’effondrement du fonds de couverture Long Term Capital Management (LTCM) et la crise financière asiatique. 

LTCM était devenu le fonds de couverture le plus célèbre de l’histoire financière, selon Gabriel Zucman. Fondé en 1994, il traquait les occasions d’arbitrage sur les marchés des taux d’intérêt pour en tirer profit, en misant sur des montages financiers très complexes. La stratégie frappera un mur lorsque les marchés paniqueront à la suite du défaut de la Russie de rembourser sa dette en 1998. LTCM sera secouru, au prix de 3,5 milliards provenant de seize grandes banques et sociétés d’investissement mondiales.

À peu près au même moment, la dévaluation du bath, la devise thaïlandaise, provoque une chute de la Bourse et est bientôt suivie de la baisse de nombreuses autres monnaies asiatiques, touchant même le Brésil et l’Argentine. C’est cette crise qui s’étendra finalement jusqu’à la Russie et provoquera son défaut de paiement. Elle deviendra mondiale et affectera durement l’économie.

En réaction, la Fed avait baissé trois fois ses taux entre le second trimestre de 1995 et le début de 1996, après avoir annoncé en février 1994 six hausses de taux consécutives. Après les avoir relevés à nouveau en 1997, elle change encore d’avis et les baisse à trois reprises en 1998. Cela avait eu un effet sur la bulle technologique et contribué à l’effondrement du marché en 2000. 

LA FED REMET ÇA

Une activité qui présente des similitudes avec la situation actuelle. Après avoir rehaussé ses taux plusieurs fois au cours des deux dernières années, la Fed a récemment indiqué être ouverte à une baisse. Les marchés tablent d’ailleurs désormais sur deux réductions d’ici la fin de l’année.

Le chef de la direction d’AGF tente de rassurer en rappelant que « les investisseurs ne s’emballent plus de façon aussi « irrationnelle » qu’il y a vingt ans », mais il ne doute pas des chances de voir le marché repartir à la hausse si la Fed réduit ses taux en septembre. La fièvre des années 1990 pourrait donc revenir s’emparer des investisseurs. Où est Doc Brown quand on en a besoin?