L’économie canadienne devrait afficher « une piètre croissance » cette année et en 2020, « ce qui la rendra très vulnérable aux chocs négatifs », prévoit Deloitte.

Dans un rapport publié mardi, la firme de services-conseils anticipe « une croissance économique réduite, un dollar canadien faible et une économie vulnérable ». De plus, ajoute-t-elle, la menace d’une éventuelle récession « continuera de faire l’objet de spéculations ». Intitulé Après les secousses, le calme plat, ce document met en garde contre « un choc imminent dans tous les secteurs au Canada ». Avec pour conséquences que « certains seront davantage touchés, ce qui pourrait se traduire par des occasions pour les acteurs qui seront prêts à les saisir ».

Soulignant que la croissance accélérée au premier trimestre « n’est pas synonyme de rebond », Deloitte estime que malgré l’amélioration des investissements non résidentiels et des dépenses de consommation au début de 2019, la diminution des investissements résidentiels et la réduction des stocks se poursuivront et « annuleront probablement » ces gains. Résultat, la croissance s’accélérera au cours du premier trimestre, mais à un rythme toujours bas se situant à environ 1 %.

PAS DE HAUSSE DES TAUX D’INTÉRÊT

« Bien que l’on s’attende à une reprise des investissements des entreprises et des exportations en cours d’année, l’économie canadienne affiche peu d’élan en ce début d’année. Il est peu probable que nous assisterons à une reprise, car les gains se font rares en raison du contexte mondial difficile et de la décélération de l’économie américaine. Avec une progression de l’économie prévue de 1,3 % en 2019, et de 1,5 % en 2020, on ne s’attend pas à ce que la Banque du Canada augmente les taux d’intérêt, et l’économie restera vulnérable aux secousses négatives », analyse Deloitte.

Un marasme économique qui pourrait « alimenter les spéculations quant à la possibilité d’une récession », note le cabinet. « Il ne s’agit peut-être pas du scénario le plus probable, mais il importe que les entreprises canadiennes réfléchissent à cette éventualité afin de se positionner en vue des fluctuations économiques à venir », écrivent ses experts.

Toutefois, nuancent-ils, cela ne signifie pas qu’il faut agir comme si une récession se préparait : « Si une entreprise réduit les embauches et les investissements pour se préparer au marasme, elle risque de devenir l’artisane de son propre malheur. Les sociétés doivent plutôt comprendre les risques et rester flexibles afin de s’adapter aux fluctuations économiques. Cela permet de profiter des aspects positifs, comme de nouvelles occasions d’affaires qui aident à se démarquer de la concurrence. »

Le rapport met par ailleurs l’accent sur le fait que les risques à venir au cours des prochains mois (ralentissement économique mondial, montée du protectionnisme, Brexit, déséquilibres mondiaux, notamment) « alimenteront les spéculations à l’égard d’une éventuelle récession ». « Même si le repli n’est pas le scénario le plus probable, les entreprises doivent se rappeler que l’économie, au Canada comme ailleurs dans le monde, est en fin de cycle », insiste Deloitte.

« S’ADAPTER, INNOVER ET VAINCRE »

Estimant que « des moments difficiles se dessinent à l’horizon » et que « les différents secteurs économiques [au Canada] subiront à des degrés divers l’incidence du ralentissement de la croissance à l’échelle nationale et mondiale », la firme souligne que les acteurs économiques devront « s’adapter, innover et vaincre ». « Les entreprises qui se positionneront le mieux en vue des changements économiques, qui comprendront les risques futurs et résisteront à la tentation d’agir comme si une récession se préparait seront plus résilientes et sauront générer davantage d’occasions d’affaires que leurs concurrents », prévoit-elle.

« L’économie canadienne devrait afficher une basse croissance, ce qui la rendra vulnérable aux mauvaises surprises. Dans ce contexte, les entreprises doivent être conscientes de l’incidence qu’auront sur elles les changements économiques. Les plans d’urgence peuvent les aider à faire preuve d’agilité et à saisir des occasions, même dans une conjoncture difficile. Même si les créateurs d’emplois ne sont pas entièrement à l’abri des soubresauts associés aux cycles économiques, ils peuvent demeurer concurrentiels et prendre le dessus sur les autres intervenants en se dotant d’un plan pour affronter les risques et en mettant en œuvre les décisions d’affaires importantes sans attendre », conclut Craig Alexander, économiste en chef à Deloitte Canada.