Pouces en l'air
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Si elles disent prendre acte du portrait économique et budgétaire présenté mercredi par le ministre des Finances du Canada, plusieurs organisations au Québec rappellent qu’elles ont des attentes. Petit tour d’horizon de quelques réactions.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) se dit « déçue » que les annonces du gouvernement ne contiennent aucun détail sur la manière dont les programmes d’aide fédéraux seront améliorés pour accélérer la reprise économique. « Ottawa a raté l’occasion de donner des précisions sur les modifications nécessaires à apporter à ces mesures d’aide qui, dans leur forme actuelle, excluent encore beaucoup trop d’entreprises », déplore-t-elle dans un communiqué.

Si la FCEI se réjouit de l’ajout de 50 G$ au programme de la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC), l’organisation, qui regroupe 110 000 membres dans tous les secteurs d’activité et toutes les régions, dénonce le retard pris par Ottawa dans ce domaine. En effet, note-t-il, « la période d’admissibilité de 28 jours pour juillet est déjà bien entamée alors que les nouvelles modalités d’admissibilité ne sont toujours pas divulguées ». Dans ces conditions, souligne la Fédération, « la SSUC ne sert pas à grand-chose si les employeurs ne savent pas s’ils y ont droit en juillet ».

Par ailleurs, elle rappelle que les PME espéraient aussi que le gouvernement allait repousser les hausses des taxes et des impôts, comme la taxe fédérale sur le carbone et la hausse des cotisations [au Régime de rentes du Québec], qui sont prévues pour le début de l’an prochain. Sa conclusion : « Le portrait économique et budgétaire dressé est alarmant. Il démontre à quel point les effets pervers de la COVID-19 ont été néfastes pour les PME. Aujourd’hui et plus que jamais, leurs propriétaires ont besoin d’être rassurés et de savoir que le gouvernement travaille à relancer l’économie. »

NE PAS AUGMENTER LE FARDEAU FISCAL

De son côté, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui représente quelque 8 000 membres, rappelle dans un communiqué « l’importance de mettre en place de l’aide sectorielle ». Et si elle dit apprécier la volonté du gouvernement de ne pas augmenter le fardeau fiscal des Canadiens, elle ajoute que celui-ci devra néanmoins « présenter un plan de réduction du ratio dette-produit intérieur brut [PIB] pour éviter de faire porter le poids de la dette aux générations futures ».

« La crise sanitaire et économique provoquée par la COVID-19 est sans précédent. Dans ce contexte, le gouvernement s’est montré agile et a su mettre en place rapidement des mesures pour soutenir autant les entreprises que les particuliers. Les 230 G$ d’aide directe qui ont été consacrés à la gestion de la crise étaient nécessaires pour préserver la santé des Canadiens et limiter le choc sur l’économie », applaudit la Chambre. Ses recettes pour l’avenir proche? « Il est essentiel que le gouvernement s’assure de disposer d’une marge de manœuvre pour investir dans la relance de l’économie. Il devra également favoriser le retour sur le marché du travail des millions de Canadiens qui ont perdu leur emploi. Pour ce faire, il faudra revoir les modalités de certains programmes d’aide comme la Subvention salariale d’urgence du Canada, qui devra entre autres être prolongée pour certains secteurs. »

POUR UNE RELANCE ÉCONOMIQUE « SÉCURITAIRE ET DURABLE »

Évoquant « un portrait économique sombre qui ne doit pas freiner une relance économique sécuritaire et durable », le Conseil du patronat du Québec (CPQ) applaudit cependant le fait que l’exercice du gouvernement « permet d’avoir l’heure juste sur les finances du pays et fait la démonstration de la capacité de l’État d’agir rapidement pour répondre à l’urgence ». Dans un communiqué,  l’organisation considère que « devant les grands bouleversements des derniers mois, les dépenses faites par le gouvernement fédéral étaient nécessaires pour soutenir les citoyens et les entreprises de partout au pays ».

Malgré ces éloges, le CPQ souligne qu’il aurait aimé qu’Ottawa présente ses prévisions pour la suite des événements. Or, ce n’est pas ce qu’il a fait, estime l’organisation patronale. « Depuis des mois, nous sommes tous devant l’inconnu, et ce, autant pour les citoyens que pour les entreprises. Nous comprenons que l’incertitude créée par la crise rende difficile l’exercice de présenter des prévisions économiques, mais celles-ci sont importantes pour avoir une certaine prévisibilité, même imparfaite, et permettre ainsi aux entreprises d’anticiper l’avenir. »

PROFITER DE L’OCCASION POUR REPENSER L’ÉCONOMIE

Dans sa réaction à la présentation du ministre des Finances, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) met en garde le gouvernement : « […] le déficit anticipé de 343,2 G$ ne doit pas devenir un prétexte pour couper dans les programmes sociaux et l’aide aux personnes démunies, pour baisser les impôts et les transferts aux provinces ou pour entreprendre un plan d’austérité qui a déjà tant fait mal à la population du Québec sous le règne des libéraux provinciaux ». Cela dit, ajoute la FTQ, Ottawa doit prendre le temps qu’il faut pour résorber le déficit. « Le Canada fait face à une grave crise économique, mais malgré l’importance du déficit, il conserve la flexibilité fiscale et budgétaire nécessaire pour aider les personnes et les entreprises à traverser cette crise. Afin de ne pas hypothéquer l’avenir, le gouvernement doit faire les investissements nécessaires pour remettre l’économie sur les rails. »

« Prendre le temps qu’il faut, c’est aussi profiter de l’occasion pour repenser notre économie, proposer un nouveau contrat social à la population canadienne, et cela doit se faire en partenariat avec la société civile. Cela veut dire lutter efficacement contre les changements climatiques, contre l’évasion fiscale, soutenir les provinces pour qu’elles puissent investir en santé, en éducation, en formation professionnelle, réformer l’assurance-emploi, mettre en place un véritable régime d’assurance médicaments entièrement public », conclut la centrale syndicale, qui représente plus de 600 000 travailleurs dans la province.

Enfin, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) appelle le gouvernement à « passer d’un état de crise à un mode de relance économique pour retrouver l’élan des dernières années ». Dans un communiqué, l’organisation dit « attendre toujours le dépôt d’un plan budgétaire contenant une série de mesures structurantes afin de réaliser correctement la relance économique ».

« Nous comprenons qu’il s’agit d’une crise exceptionnelle qui nécessite des dépenses publiques colossales pour être en mesure de rebondir. Maintenant, il faut s’assurer de prendre les mesures nécessaires à la relance économique, et lorsque nous aurons repris notre élan, de maintenir un ratio dette/PIB plus bas que les pays industrialisés et des taux d’intérêt faibles. Au cours des dernières années, alors que l’économie fonctionnait à plein régime, nous demandions aux gouvernements de retrouver l’équilibre budgétaire dans nos finances publiques afin que nous puissions avoir les marges de manœuvre nécessaires pour affronter une tempête, en limitant les conséquences pour les prochaines années. Nous y sommes, et il demeure tout de même important de demeurer présent pour répondre aux besoins des entreprises et assurer la survie d’un maximum d’entre elles », conclut la FCCQ, qui regroupe 130 chambres de commerce et représente plus de 50 000 entreprises dans la province.