La pandémie a obligé la majorité des employeurs à considérer le télétravail comme la nouvelle norme. Toutefois, ce dernier reste une exception plutôt qu’une règle pour les  petites et moyennes entreprises (PME), selon un récent sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).

« Devant la crise de la COVID-19, plusieurs entreprises ont adopté le télétravail. Un simple coup d’œil aux centres urbains désertés en est la preuve vivante, souligne François Vincent, vice-président Québec à la FCEI. Mais, n’oublions pas que cette pratique ne s’adapte pas à tous les secteurs économiques. En effet, la majorité des PME québécoises (64 %) affirme ne pas l’avoir implanté, car leur modèle d’affaires ne s’y prête pas. C’est logique, un garagiste ne peut changer des pneus et une coiffeuse ne peut couper les cheveux de ses clients via vidéoconférence. »

Les résultats du sondage ont révélé que seulement 13 % des PME ont pu envoyer certains de leurs employés travailler de leur domicile, et seulement 7 % l’ont fait pour la plupart de leurs employés. Ces entreprises évoquent la croissance des coûts et la baisse de productivité comme raison défavorisant le télétravail. Plus du tiers des PME (39 %) ont déclaré que l’adoption du télétravail avait augmenté leurs coûts, et 34 % d’entre elles confient avoir constaté une baisse de la productivité.

« Rappelons-nous qu’au Québec, 7 PME sur 10 ont moins de 10 employés. Pour ces entreprises, il peut être plus complexe et aussi plus coûteux d’entreprendre un tel virage, précise François Vincent. Et c’est encore plus difficile en contexte de crise, parce qu’elles ont connu une diminution vertigineuse de leurs ventes et peinent encore aujourd’hui à retrouver leur rythme de croisière. De plus, même si la cohésion du personnel peut être facilitée lorsqu’il s’agit d’une petite équipe de travail, force est de constater qu’à distance, cela représente un défi supplémentaire pour des propriétaires d’entreprise pris dans une crise sans précédent. »

LE TÉLÉTRAVAIL PEUT ÊTRE NÉFASTE À LONG TERME

Selon Nicholas Bloom, professeur d’économie à l’Université Stanford, en Californie, interrogé par Radio-Canada, le télétravail creuse les inégalités, réduit la créativité et l’innovation et nuit à la santé mentale.

Il cite un sondage effectué en mai 2020, qui a démontré que « ceux qui veulent travailler de la maison aimeraient le faire environ deux jours par semaine. Qu’ils gagnent 20 000 $ par année ou 250 000 $. Qu’ils soient riches ou pauvres, ils ont les mêmes préférences. »

Cependant, le professeur explique qu’après la pandémie, seules les personnes gagnant plus de 250 000$ pourront travailler deux jours de la maison, « parce que les gens qui gagnent bien leur vie sont généralement des cadres, des professionnels ou encore des gestionnaires, qui peuvent travailler de la maison, explique-t-il. Par contre, les plus petits salariés, qui travaillent souvent dans des magasins ou des usines, peuvent difficilement faire du télétravail. »

La croissance est aussi à risque, résultat direct d’une diminution de la créativité, explique le professeur. « Si vous y pensez bien, ce qui génère véritablement la croissance à long terme, ce sont les créations novatrices, comme les iPhones, les nouveaux sites web, les nouveaux produits et services. Et c’est très difficile d’arriver avec ça en travaillant à la maison. »

Le temps croissant passé à la maison pour travailler nuirait également à la santé mentale des employés, tout comme le fait de ne plus participer à des activités sociales ou sportives à l’extérieur du foyer. Cet impact est accentué par l’accès réduit aux professionnels de la santé mentale par les travailleurs.