Maison dans un piège de métal.
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Le rêve de posséder une maison est fortement ancré dans la population canadienne. Cependant, la montée des prix dans plusieurs provinces menace de faire tourner ce rêve au cauchemar pour plusieurs acheteurs.

Récemment, le président de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), Evan Siddall, y est allé de plusieurs mises en garde contre le poids de l’immobilier dans l’économie canadienne et la glorification de la propriété immobilière. Celle-ci pousserait des ménages à s’endetter plus que de raison pour acheter une maison, qu’ils peinent ensuite à payer. 

M. Siddall demande au gouvernement fédéral de ne pas adopter des politiques qui facilitent l’achat d’une résidence. Dans un témoignage offert au comité des Finances de la Chambre des Communes, il a rappelé qu’il devrait y avoir une limite à l’aide fédérale pour soutenir la demande sur le marché immobilier. « La propriété immobilière est comme la pression sanguine, écrit-il. On peut en avoir trop. » 

Au contraire, il suggère au gouvernement fédéral de conserver des tests de résilience exigeants pour contenir l’endettement des Canadiens qui achètent des propriétés, que ce soit pour les habiter ou en tant qu’investissements. Au Canada, l’immobilier représente environ 15 % du PIB, comparativement à 11 % en 2007, selon Statistique Canada. 

La demande de M. Siddall va toutefois à l’encontre des instincts des principales formations politiques canadiennes, qui aiment bien utiliser l’accès à la propriété pour courtiser la classe moyenne. Lors de la dernière campagne électorale fédérale, autant les Libéraux que les Conservateurs se sont engagés à faciliter l’accès à la propriété. L’une des premières choses que le gouvernement Trudeau a promise après son élection était de réduire les restrictions aux emprunts hypothécaires.

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Le Financial Post rappelle que les revenus des Canadiens ne suivent pas la même courbe d’augmentation que les prix sur le marché immobilier. Cela entraîne une hausse de l’endettement qui fait craindre la répétition d’un scénario catastrophe comme celui qui a frappé les États-Unis en amont de la crise financière de 2008. 

La dette brut des ménages canadiens atteignaient 2,2 billions de dollars à la fin de 2018. Cela équivalait à 178 % du revenu. La dette des ménages représente maintenant 99 % du PIB, contre 58 % il y a 20 ans, et ce sont les hypothèques qui représentent la plus grande part de ce fardeau.

Pour M. Siddall, il est temps de changer la vision des choses au Canada. Pourquoi cette fixation sur la propriété? Qu’y a-t-il de mal à louer sa résidence? M. Siddall prévient aussi depuis longtemps que le marché immobilier canadien pourrait subir une correction. Sa crédibilité a d’ailleurs souffert du fait que ce ralentissement ne se soit pas encore produit, pas même dans la foulée de la pandémie. 

CORRECTION OU PAS?

Il n’est pas le seul à s’inquiéter. Encore la semaine dernière, la banque suisse UBS classait le marché de Toronto au rang de troisième bulle immobilière dans le monde. La surévalution des prix y serait plus grande qu’à Vancouver, New York, Hong Kong et San Francisco. Seul Munich et Francfort la devançaient.

« Même le plus gros choc économique depuis plusieurs générations n’a pas pu faire dérailler le marché immobilier canadien », rappelait pourtant Robert Hogue, un économiste de la Banque Royale du Canada, dans une analyse publiée le 15 septembre dernier. 

Un argument qui est loin de convaincre M. Siddall. Il croit que la pandémie exacerbe une situation déjà intenable et que l’endettement hypothécaire deviendra un problème si les prix des maisons baissent et que le chômage augmente.

Pour l’instant, ce scénario catastrophe a été retardé par l’aide financière massive du gouvernement fédéral aux particuliers et aux entreprises. Moody’s Analytics prévoit une baisse d’environ 7 % du prix des maisons. Mais depuis quelques années, le marché immobilier ne cesse de faire mentir les pronostics.

Qui aura raison cette fois?