Baisse des marchés
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La hausse de la dette des ménages conjuguée à la hausse des taux d’intérêt entraînera une récession au Canada alors que l’économie américaine va continuer de croître, une situation à laquelle le pays n’a pas été confronté depuis 1951, affirme Jim Mylonas, stratège pour BCA Research Inc.

Force est d’admettre qu’en 2018, les faillites ont augmenté de 5,1 %, selon le Bureau du surintendant des faillites, pour atteindre un total de 22 961 dépôts en octobre et novembre.

David Lewis, un professionnel de l’insolvabilité, attribue notamment cette croissance à la hausse des taux d’intérêt. Depuis l’été 2017, la Banque du Canada a relevé à cinq reprises son taux directeur, une situation que plusieurs relient à la hausse du nombre de faillites.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, a décidé en janvier 2019 de maintenir les taux d’intérêt au même niveau.

« Nous sommes parfaitement conscients que nos décisions affectent tout le monde. Beaucoup de Canadiens sont lourdement endettés. Je n’ai pas à travailler fort pour m’en souvenir », a-t-il déclaré.

Cependant, une fois que l’économie se sera stabilisée, la Banque centrale continuera à augmenter ses taux pour atteindre son niveau neutre.

Les dépôts de faillite devraient donc encore augmenter cette année. Hoyes, Michalos et Associés inc. ont déclaré à Bloomberg qu’ils estimaient que les provinces les plus peuplées connaîtraient une augmentation l’année prochaine qui irait de 2 % à 5 %. Selon eux, cette proportion sera particulièrement élevée dans les provinces productrices de pétrole.

Pour Jim Mylonas, c’est le signe d’une récession qui est à nos portes : « Je pense que nous sommes sur le point de nous lancer dans une grave récession, a-t-il confirmé lors d’une entrevue avec Bloomberg. La question n’est pas si, mais quand. »

UNE RÉCESSION ISOLÉE

Ainsi, l’économie canadienne pourrait bien connaître une situation à laquelle elle n’a pas été confrontée depuis 68 ans : une récession sans les États-Unis.

Jim Mylonas estime que les États-Unis pourraient vivre une autre année de croissance et que cela pourrait justement provoquer le ralentissement économique du Canada. Si l’économie croît, la Réserve fédérale (Fed) risque d’augmenter ses taux et Stephen Poloz sera obligé de l’imiter.

« Si l’économie américaine se porte relativement bien et que la Fed relève ses taux, il sera très difficile pour la Banque du Canada de ne pas suivre le mouvement », explique l’expert.

Cependant, le consommateur canadien déjà lourdement endetté ne sera pas en mesure de faire face à des coûts d’emprunts plus élevés.

UN PEU D’ESPOIR

Toutefois, la plupart des économistes estiment qu’il n’y aura certainement pas de récession l’année qui vient. La probabilité qu’une récession survienne au Canada en 2019 a été évaluée à 3 % par les économistes de la Banque Nationale Matthieu Arseneau et Jocelyn Paquet alors qu’ils estiment que cette probabilité s’élève à 20 % aux États-Unis.

Les investisseurs ne se comportent pas non plus comme s’ils s’attendaient à une prochaine récession. AGF, dans son rapport Perspective 2019, estime que même si les risques seront présents, les rendements seront également au rendez-vous.

« En fin de compte, nous croyons qu’il est peu probable que la récession frappe au cours des 12 prochains mois et que les marchés boursiers sont susceptibles de progresser dans un contexte de tensions élevées marqué par la faiblesse des rendements, la hausse de la volatilité et la possibilité d’importants dégagements », peut-on lire dans leur rapport.

Pour Jim Mylonas, le fait que la Banque du Canada ait décidé de mettre sur pause sa hausse de taux d’intérêt contrairement à la Réserve fédérale est un mauvaise signe et pourrait présager une faible croissance économique.

« Si tel est le cas, ma thèse pour le Canada s’appliquera plus tôt que ce que pensent la plupart des gens », affirme-t-il.