Accusé d’emprunter des « raccourcis éthiques » et de proposer un « fonctionnement simpliste », le robot-conseiller Wealthsimple a tenu à défendre son modèle d’affaires et à répondre aux critiques de notre blogueur Fabien Major.

Emporté par sa propre curiosité, le fondateur de Major Gestion Privée a essayé les services de Wealthsimple en y investissant un petit REER. L’aventure ne l’a pas convaincu.

Fabien Major a d’abord rempli son profil en ligne, avant d’être dirigé vers un portefeuille dynamique de fonds indiciels, dont les fournisseurs étaient BMO, iShares, Vanguard et Purpose.

Premier accrochage. Après quelques recherches, il constate que Purpose Investments est un manufacturier très onéreux. Le ratio de frais de gestion (RFG) est de 0,73% pour le Fonds de dividendes de base Purpose et de 0,80 % pour le Fonds immobilier à durée couverte Purpose. Les fonds Purpose sont plus tard retirés de son portefeuille, sans être remplacés.

Les doutes du conseiller sont renforcés lorsqu’il constate que Som Seif, le chef de la direction de Purpose Investments, siège au conseil d’administration de Wealthsimple. Ceci explique-t-il cela? Absolument pas, rétorque Rachael Factor, directrice des relations publiques de Wealthsimple, en réponse aux questions de Conseiller.

« Purpose nous fournit une méthodologie centrée sur les dividendes à un coût moindre que ses pairs, explique-t-elle. Nous avons négocié un taux inférieur pour les fonds Purpose et obtenu des RFG de 0,35 % à 0,45 %. En guise de comparaison, le fonds d’investissement immobilier indiciel de Blackrock, XRE, a un RFG de 0,6 %. »

Si les fonds Purpose ont été retirés des portefeuilles de croissance de Wealthsimple en mars 2017, c’était pour repositionner ces derniers sur l’appréciation du capital plutôt que le revenu, une préférence des clients, explique-t-elle.

IL Y A RATIO, ET RATIO

En assemblant une version identique de son portefeuille sur le Laboratoire Advisor Morningstar, Fabien Major calcule un ratio de 0,16 % plutôt que le 0,1 % promis par Wealthsimple sur son site web. Ailleurs sur sur sa plateforme, Wealthsimple s’engage plutôt à ne pas facturer plus de 0,2 % pour ses fonds indiciels. Alors… 0,1 %, 0,16 % ou 0,2 %?

Rachael Factor confirme que le RFG est bien de 0,1 % pour les fonds indiciels de croissance. Qu’en est-il du 0,2 %?

« Nous ne voulons pas induire nos clients en erreur et leur faire penser qu’ils paient moins que ce qu’ils paient. Le RFG est bien de 0,1 % pour les portefeuilles de croissance, mais un peu plus élevé pour les autres portefeuilles. Nous préférons arrondir que de surprendre qui que ce soit avec des frais plus élevés qu’attendus », mentionne-t-elle.

FRAIS VARIABLES

Fabien Major s’étonne enfin de voir un tableau sur le site de Weatlhsimple présentant sur trois ans les résultats bruts, avant frais. Selon lui, il est impossible d’investir sur la plateforme pendant 36 mois sans frais.

« Nous n’incluons pas les frais dans la performance des portefeuilles parce que les clients ne paient pas tous les mêmes frais, précise la porte-parole de Wealthsimple. Par exemple, les clients qui investissent moins de 5 000 $ ne paient aucuns frais. Les frais baissent de 0,5 % à 0,4 % lorsqu’un client atteint 100000$ en dépôt. De plus, les clients obtiennent la gestion gratuite de 10 000 $ pour un an lorsqu’ils réfèrent un ami, ce qui affecte aussi les frais. Cela signifie qu’en fait, il n’est pas tout à fait impossible d’investir pour trois ans sans payer de frais de gestion. Il faut juste avoir beaucoup d’amis! »

UN ÉCART DE RENDEMENT IMPORTANT

Peu impressionné par le fonctionnement de Wealthsimple, Fabien Major a finalement décidé de bâtir son propre robot-conseiller. Il a ainsi comparé le rendement de son portefeuille de croissance aux résultats de huit gestionnaires actifs sélectionnés aléatoirement… par son aspirateur. Ces derniers ont obtenu un rendement de 46,2 % entre août 2014 et juin 2017, contre un rendement brut de 24 % pour le portefeuille Wealthsimple. Tout compte fait, la gestion passive est-elle si avantageuse? se demande M. Major.

« Les données montrent qu’à long terme, les gestionnaires actifs n’arrivent pas à battre le marché à une fréquence régulière, riposte Rachael Factor. Mais les marchés, eux, gagnent de la valeur constamment sur une longue période, alors acheter l’indice est un bon investissement à long terme. Une stratégie passive mise sur ce que l’investisseur peut contrôler, en particulier les frais. Il ne peut contrôler les marchés, mais peut choisir le montant de frais qu’il paie. Débourser plus cher pour une gestion active sans savoir si les rendements suffiront à combler la différence peut devenir un coût très lourd pour l’investisseur. »

Les réponses de Wealthsimple réconcilieront-elles Fabien Major avec les conseillers-robots? Cela reste à voir…

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