Drapeau américain et canadien se chevauchant.
Photo : Laurent Davoust / 123RF

« Non seulement avons-nous désormais un gouvernement minoritaire au niveau fédéral, mais la saison des primaires américaines va bientôt battre son plein, suivie de l’élection présidentielle en novembre », constate Avery Shenfeld.

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Au Canada, les gouvernements minoritaires durent généralement deux ans, et nous avons une bonne idée de ce que celui-ci devrait faire, selon l’expert : des dépenses légèrement accrues, un nouveau pipeline en Alberta, et la poursuite d’une stratégie de taxation du carbone pour combattre le changement climatique.

« Les nouveautés viendront surtout des provinces : l’Alberta est entrée dans l’austérité budgétaire, et l’Ontario devrait annoncer un budget visant à contenir le déficit, ce qui pourrait peser sur la croissance économique », dit Avery Shenfeld.

Aux États-Unis, il y a bien sûr les procédures de destitution de Donald Trump en parallèle de la campagne présidentielle.

« Ce n’est pas qu’il risque vraiment d’être destitué, mais les procédures peuvent nuire à ses chances de réélection et nous devons donc porter attention aux programmes des candidats démocrates. Certains sont plus inquiétants que d’autres pour certaines portions du marché des actions, et nous surveillerons donc le palmarès des candidats dans les sondages tout au long de la campagne pour nous donner une idée des programmes qui pourraient devenir réalité après 2020 », dit l’économiste.

« Elizabeth Warren et Joe Biden se disputent les premières places, et leurs programmes divergent tous deux radicalement de l’administration Trump, surtout sur la question du changement climatique. Mais alors que M. Biden a des positions modérées, certains s’inquiètent des idées de Mme Warren concernant la réglementation du secteur financier et l’imposition des plus riches, qui pourraient avoir un effet négatif sur les marchés d’actions. Il est encore très tôt car il lui reste à décrocher l’investiture démocrate puis à remporter l’élection présidentielle, mais on voit déjà des investisseurs s’inquiéter de cette éventualité », observe Avery Shenfeld.

Le véritable coup d’envoi des primaires sera les caucus de l’Iowa le 3 février. Mais selon lui, il sera encore trop tôt pour que les marchés réagissent.

« Rappelez-vous qu’aux dernières primaires républicaines, Donald Trump était encore très loin du sommet du palmarès à cette étape-là, et il a pourtant fini avec l’investiture. Les marchés vont donc hésiter à prendre en compte les risques liés à un candidat ou à l’autre dans l’évaluation des titres pouvant souffrir de leurs politiques. Les secteurs financier, pharmaceutique et technologique sont notamment sujets à des risques de réglementation, mais ils ne devraient pas s’inquiéter avant le printemps lorsque les premières primaires réduiront la liste des candidats », dit Avery Shenfeld.

Les Canadiens devraient notamment surveiller la politique américaine au chapitre des échanges commerciaux, croit-il.

« L’élection à venir pousse Donald Trump à progresser dans ses négociations avec la Chine, notamment en ce qui concerne les exportations agricoles américaines. Bien que cela puisse créer un environnement positif pour les matières premières canadiennes, il y a aussi le risque de voir les États-Unis forcer la Chine à acheter ses produits agricoles aux dépends des nôtres », analyse l’économiste.

« Nous allons aussi entendre parler du Canada au cours de leur campagne. Vont-ils nous rejoindre dans notre lutte au changement climatique ou au contraire s’écarter des accords de Paris? Cela influencera la compétitivité de nos entreprises, qui souffrent actuellement en comparaison de leur réglementation plus souple », dit Avery Shenfeld.

Et rappelle-t-il, ce n’est pas seulement l’élection présidentielle qui répondra à ces questions, mais aussi celles du Congrès.

« Le Sénat américain a beaucoup de pouvoir, en particulier pour bloquer la législation. Il faudra donc surveiller si la balance du pouvoir au Congrès demeure divisée ou bascule complètement en faveur d’un parti ou de l’autre, ce qui influencera grandement les politiques américaines. »

M. Shenfeld relève le fait qu’aucun candidat américain ne parle de réduction du déficit budgétaire, ce qui est un plus pour le Canada car des dépenses additionnelles ou des allégements fiscaux alimenteraient tous deux la croissance nord-américaine.

« Il reste aussi à voir si le Congrès approuve un nouvel accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique, mais le Canada a d’ores et déjà conclu un accord avec la Maison-Blanche pour éviter les barrières douanières sur les automobiles, et la mouture actuelle de l’ALENA est encore en vigueur. Tant que M. Trump ne menace pas de le démolir, nous pouvons nous satisfaire d’une continuation de l’ALENA actuel qui protège le statut du Canada sur le marché américain. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.