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Beaucoup d’investisseurs voient le marché comme étant une sorte d’ennemi alors que, dans la réalité, il n’en est rien, bien au contraire, affirme Peter Hodson dans le Financial Post. 

Peut-être parce qu’elles ont paniqué et vendu à perte après le début de la crise financière de 2008 ou parce qu’elles ont déjà été contrariées par des fonds communs de placement peu performants, ces personnes préféreraient, semble-t-il, posséder des certificats de placement garanti, perdre de l’argent à cause de l’inflation et avoir une retraite ennuyeuse.

Reconnaissant que cette attitude le « dérange », le CFA, également fondateur et chef de la recherche du réseau indépendant de conseil 5i Research, estime que monsieur et madame Tout-le-Monde auraient intérêt à cesser de diaboliser le marché boursier. « Bien sûr, reconnaît-il, il y a des risques, mais les actions offrent aussi un énorme potentiel. »

LA FAUTE AUX MÉDIAS ET AU CINÉMA

Le professionnel en services financiers attribue cette attitude à cinq principaux facteurs, et en premier lieu au traitement de l’information économique et financière par les grands médias. « Un rédacteur de journal aura malheureusement tendance à couvrir davantage les méfaits d’un grand escroc boursier comme Bernard Madoff plutôt que de parler d’une entreprise qui réussit bien et dont les actions augmentent de 20 % par an », déplore-t-il.

Et c’est la même chose en ce qui concerne les délits d’initiés, qui font très souvent les manchettes. Résultat : « les médias donnent l’impression que le marché compte plus d’escrocs que d’honnêtes gens, ce qui donne une mauvaise image du marché aux consommateurs.

Peter Hodson n’épargne pas non plus le cinéma, notamment des films comme Le Loup de Wall Street ou Les Initiés qui, selon lui, présentent le marché d’une façon biaisée puisqu’ils ne montrent que des personnes qui tentent de contourner le système. Et même si un film tel que The Big Short montrait qu’un bon travail analytique peut générer d’énormes profits, la plupart de ses homologues décrivent un environnement peuplé de tricheurs cupides, qui s’enrichissent souvent alors que tout le monde autour d’eux souffre de la crise.

Une troisième raison qui, si l’on en croit le professionnel, explique la méfiance du grand public vis-à-vis des marchés boursiers, est que tout investisseur peut être amené à subir des pertes.

« Cela fait partie du jeu. Toutefois, il est beaucoup plus facile d’accepter une perte quand on peut blâmer quelqu’un d’autre que soi ou accuser le système d’être injuste, voire corrompu. Ainsi, il est plus aisé pour un investisseur de se dire que “ le marché a été truqué pour me dépouiller ” plutôt que de reconnaître qu’il a commis une erreur et qu’il n’aurait jamais dû acheter tel ou tel titre », indique Peter Hodson.

MIEUX VAUT S’EN TENIR AUX GRANDES BOURSES

Le quatrième écueil qui guette les particuliers désireux d’effectuer de « bons » placements est la technicité ou l’opacité de certains secteurs. Les investisseurs chevronnés savent par exemple que le marché de gré à gré (OTC) est un lieu de négociation très difficile et périlleux pour les débutants, qui risquent d’y laisser des plumes, met en garde Peter Hodson. La preuve? La SEC (Securities and Exchange Commission), l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers, utilise un symbole avec une tête de mort sur certaines listes de titres échangés de gré à gré afin de rappeler au profane l’extrême dangerosité de ce marché connu pour sa « flexibilité comptable » et ses techniques de manipulation des marchés, comme la pratique du pump-and-dump. Dans ces conditions, estime le CFA, le mieux est de s’en tenir aux grandes Bourses plus réglementées, à la Bourse de croissance TSX ou encore à certaines autres Bourses plus petites.

Enfin, le dernier danger auquel sont confrontés de nombreux investisseurs provient du fait que ceux-ci obtiennent la plupart de leurs informations boursières auprès de groupes de discussion en ligne ou sur des sites web plus ou moins fiables. Or, ceux-ci ne sont pas réglementés, sont en grande partie anonymes et sont truffés d’annonces souvent bidon, avec un risque élevé qu’il y ait conflit d’intérêts entre la personne qui vante tel ou tel produit et celle qui le propose en ligne.

« Quiconque agit et échange des informations sur la plupart de ces forums va tout simplement à la rencontre de gros ennuis. Le fait de se fier à ce type d’informations peut causer de lourdes pertes à un investisseur et le renforcer ainsi encore davantage dans le sentiment que le marché est une arnaque », déplore Peter Hodson.

« Mais ce n’est pas le cas, conclut-il. Le marché a créé une valeur énorme pour les investisseurs au fil du temps. Les entreprises sérieuses existent, surperforment depuis des années et peuvent enrichir un investisseur en produisant des bénéfices, des flux de trésorerie et des dividendes constants. »