Quatre semaines après la révélation que Desjardins avait été victime d’un vol massif de renseignements personnels, tous les membres et entreprises touchés ont reçu une lettre les avisant de leur situation, rapporte TVA Nouvelles

À la suite de cette fuite d’une ampleur sans précédent au Québec, puisqu’elle a affecté les données de quelque 2,9 millions de clients du Mouvement, ce dernier a annoncé vendredi que 412 000 membres particuliers s’étaient déjà inscrits à Equifax afin de bénéficier de son service de surveillance des dossiers de crédit et d’assurance. Soit 112 000 personnes de plus qu’une semaine auparavant.

LES MEMBRES NE DOIVENT PAS S’INQUIÉTER

La coopérative financière a tenu à rassurer ses membres samedi en indiquant, dans un communiqué, n’avoir « pas constaté de hausse récente de la fraude ». Et elle en profite pour rappeler que « les avoirs qu’ils détiennent (…) et les transactions qu’ils effectuent sont protégés ». « Si des transactions non autorisées étaient réalisées dans leurs comptes Desjardins, les membres seraient remboursés », soutient le Mouvement.

« Aujourd’hui, nous lançons un message à tous nos membres. Soyez tranquilles, votre coopérative financière vous protège. Si vous êtes victimes d’une fraude, d’un vol d’identité, appelez-nous. Nous répondrons présent et nous continuerons de vous accompagner comme nous l’avons toujours fait », a par ailleurs insisté en conférence de presse Guy Cormier, président et chef de la direction de Desjardins.

Dans une rapide enquête menée auprès de ses lecteurs, le Journal de Montréal constate pour sa part que certains clients de l’institution financière « qui n’en peuvent plus d’attendre au bout du fil pour activer leur protection Equifax » en arrivent à contacter le service en anglais de la compagnie américaine « pour être servis plus vite ». Dans son édition de samedi, le quotidien montréalais indique avoir essayé vendredi, « à plusieurs reprises et sans succès », de parler à un agent d’Equifax s’exprimant en français. En anglais, par contre, le JdeM a réussi à se faire servir « au bout d’une quarantaine de minutes » par une employée basée… aux Philippines.

Pourquoi aucune accusation n’a-t-elle encore été portée?

Interrogé vendredi dans le cadre de l’émission Avocats à la barre sur QUB radio, un ancien enquêteur de police, Jean-François Brochu, estime qu’il n’est pas étonnant qu’aucune accusation n’ait encore été portée contre l’ex-employé de Desjardins soupçonné d’avoir dérobé les données personnelles de 2,9 millions de membres de Desjardins. Il ajoute cependant que cela devrait être fait « d’ici la mi-août ».

Rapportant ses propos, QMI rappelle que le présumé coupable est toujours en liberté et qu’il n’a, à ce jour, fait l’objet d’aucune accusation. « Une perquisition a été effectuée à son domicile le jour même de son arrestation. Mais l’individu a été rencontré puis relâché », explique Jean-François Brochu, qui relève par ailleurs que « des éléments ont été saisis » et que « toutes les sources de revenus du présumé voleur ont été vérifiées ».

Une enquête hors normes

Selon l’expert, ce délai est une conséquence du fameux arrêt Jordan de la Cour suprême du Canada. Aux termes de ce jugement, il est stipulé que la poursuite doit déposer la totalité de sa preuve au moment où elle dépose de manière officielle ses accusations. Or, l’enquête du service de police de Laval et de la Sûreté du Québec n’est pas encore achevée, explique Jean-François Brochu.

« La divulgation de la preuve oblige la Couronne à dévoiler l’ensemble de sa preuve à la défense. Dans le cas qui nous intéresse, ça peut prendre un certain temps », note l’expert. En effet, ajoute-t-il, « non seulement c’est la plus grosse fraude d’abus de confiance, mais ce sera l’une des plus grosses enquêtes dans les annales du Québec ».