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Les projets réglementaires et législatifs en cours à Washington auront un effet limité sur les entreprises pharmaceutiques, estime Jean Hynes, analyste de secteur mondial pour Wellington Management.

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« La hausse effrénée des prix des médicaments crée la controverse auprès du public américain, et c’est important pour les investisseurs car le secteur biopharmaceutique pèse lourd dans les marchés financiers », dit-elle.

Selon l’experte, la hausse s’explique en partie par l’importante croissance sur le marché de médicaments de plus en plus spécialisés. Ensuite, les brevets ont une durée de vie de 10 à 15 ans après laquelle leur profitabilité chute brutalement. Mais quelles qu’en soient les raisons, ce phénomène motive les politiciens à encadrer davantage les médicaments qui occasionnent d’importants déboursés non remboursables pour les patients.

Jean Hynes évoque notamment des discussions entamées par le département américain de la Santé et des Services sociaux dans le but de modifier le programme public Medicare. On peut se demander si ces changements auront des conséquences pour les promoteurs de régimes d’assurance collective, note-t-elle.

« En prenant un pas de recul, nous pensons que beaucoup de mesures discutées pour rendre l’industrie plus transparente et abaisser les déboursés non remboursables auront un effet neutre sur les principales entreprises pharmaceutiques. Elles affecteront davantage les intermédiaires de la chaîne d’approvisionnement. Dans l’ensemble, c’est la bonne direction à prendre pour le pays », dit Jean Hynes.

Il y a aussi la loi « Obamacare », en vigueur depuis près de dix ans mais toujours aussi fortement décriée par les républicains. Ils ont tenté maintes fois de l’abroger ou de réduire sa portée, et parlent toujours de le faire aujourd’hui malgré leurs échecs passés.

« Le Congrès américain a été incapable d’abroger Obamacare en 2017, alors que les républicains contrôlaient les deux chambres. La question a paru disparaître pendant un temps, puis il y a eu cette décision récente d’un juge du Texas de remettre en question certaines provisions de la loi. Mais encore une fois, si on prend un pas de recul, on voit que la loi a été une réussite et a donné accès à l’assurance-santé à environ 20 millions d’Américains qui en sont très satisfaits », observe Jean Hynes.

« Quoiqu’il arrive, on ne peut juste pas retirer un tel avantage à 20 millions de personnes, alors il faudra trouver une alternative. Les policitiens font beaucoup de propositions en cette période pré-électorale mais on n’en voit encore aucune qui pourrait remplacer Obamacare. Je crois qu’il ne va rien lui arriver pendant encore plusieurs années, mais il est certain que la santé est un thème très important de la course à la présidence et on va en entendre beaucoup parler d’ici l’élection de 2020 », entrevoit-elle.

Quant aux promesses de « Medicare pour tous », proposées par des candidats plus à gauche du spectre politique et inspirées par les modèles européen et canadien, elles sont encore irréalistes selon Jean Hynes.

« Il est très improbable que l’on adopte un tel programme car il créerait des perturbations extrêmes dans le système de santé américain, et serait beaucoup trop coûteux pour le gouvernement. Mais d’ici 2020, on va sûrement voir d’autres propositions venir à l’avant-scène du débat politique. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.