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Photo : Jerome Cid / 123RF

Claude Béland est décédé dimanche, à l’âge de 87 ans, des suites d’une insuffisance cardiaque à l’hôpital du Sacré-Cœur, à Montréal.

Président de Desjardins entre 1987 et 2000, il avait notamment été à l’origine de l’introduction du paiement direct, de l’élargissement du réseau de guichets automatiques ou encore de la mise en ligne du site transactionnel Accès D. Il avait aussi permis une plus grande diversification des produits offerts par le Mouvement, notamment avec la vente de produits d’assurance directement aux clients, sans l’intermédiaire d’un courtier, rappelle Radio-Canada. C’est également durant son mandat que la coopérative avait fait son entrée dans le secteur du commerce des valeurs mobilières et accru son poids en acquérant d’autres institutions financières, comme celle du Groupe La Laurentienne.

En 1999, le dirigeant avait aussi profondément réformé les structures du Mouvement. La Confédération et les fédérations régionales de caisses existantes avaient alors été supprimées pour fusionner et faire place en 2001 à une fédération unique, l’actuelle Fédération des caisses Desjardins du Québec. Élu pour trois mandats consécutifs à la tête de Desjardins, il avait en outre participé à plusieurs initiatives gouvernementales, notamment comme président du Forum pour l’emploi, entre 1988 et1998, et en tant que président du Sommet économique du Québec en 1996.

« LE QUÉBEC A PERDU UN GRAND HOMME »

« Son objectif était que Desjardins demeure fidèle aux principes et aux idéaux du mouvement coopératif, tout en le faisant grandir pour que celui-ci puisse se mesurer aux banques. Ces valeurs ont guidé son engagement et sa contribution à différents débats au sein de la société québécoise », résume Radio-Canada. La chaîne publique d’information ajoute qu’après avoir quitté la présidence du Mouvement, en mars 2000, il s’était impliqué dans plusieurs causes (campagnes d’Éduc’alcool et du Jour de la Terre), avait enseigné et « contribué à la réforme des institutions démocratiques ». Enfin, il avait occupé un poste d’administrateur à la Régie des rentes du Québec, représenté le mouvement coopératif québécois à la Commission Bélanger-Campeau créée par le premier ministre Robert Bourassa en 1990, en plus de fonder le Mouvement démocratie et citoyenneté du Québec,

Dans un communiqué émis dimanche, Desjardins se dit « attristé » par la disparition de celui qui « a conduit pendant 13 ans les destinées du plus important groupe financier coopératif au pays ». « Plus qu’un homme de finance, Claude Béland était d’abord et avant tout un grand humaniste et un philosophe. Tout au cours de sa carrière au sein du Mouvement et même après, il a plaidé en faveur d’une société plus équitable et plus solidaire. Orateur hors pair, il a été l’un des plus grands propagandistes de la pensée coopérative au Québec », mentionne notamment le communiqué.

« Le Québec perd un grand homme, qui fut un ardent promoteur des valeurs coopératives, souligne de son côté Guy Cormier, président et chef de la direction. Il a certes été, à l’occasion, critique à l’égard de Desjardins, mais cela témoignait en même temps de son attachement profond envers cette institution coopérative, dont il a assumé la présidence à un moment charnière de son histoire. Nous lui devons beaucoup. »

« METTRE L’ÉCONOMIE AU SERVICE DE L’INTÉRÊT PUBLIC »

La disparition de Claude Béland a suscité une pluie d’éloges dans la province, où nombre de dirigeants politiques et du secteur de la finance ont tenu à lui rendre hommage. Alban d’Amours, qui lui a succédé à la tête de Desjardins en 2000, souligne ainsi qu’« il incarnait les valeurs coopératives », qu’« il a donné confiance aux coopérateurs » et qu’il a « beaucoup appris de lui ». Dans un message envoyé à sa famille, le premier ministre du Canada affirme lui aussi que Claude Béland était « un grand homme et un grand bâtisseur du Québec », tandis que son homologue québécois met en avant son dévouement pour la Belle Province dans un message publié sur son compte Twitter. « J’apprends avec tristesse le décès de M. Claude Béland, ex-président du Mouvement Desjardins. Il fut très impliqué socialement pour faire avancer le Québec. J’offre mes sincères condoléances à toute sa famille et ses proches », écrit François Legault.

De son côté, le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, estime lui aussi que le disparu était « un grand bâtisseur du mouvement coopératif québécois », qui aura été « une figure importante de l’économie moderne du Québec ». « Il était humaniste, épris de justice sociale, avec de grandes ambitions pour notre nation. Que son souvenir nous inspire à nous dépasser », déclare-t-il. Quant au co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, il souligne qu’« un grand homme public s’est éteint ». Qualifiant Claude Béland de « pilier du mouvement coopératif » et de « grand défenseur de la réforme démocratique du mode de scrutin », le député de Québec solidaire assure que « le Québec se souviendra [de lui] comme d’un homme qui savait mettre l’économie et la finance au service de l’intérêt public ».