Conseiller placé devant un enchevêtrement de routes.
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À l’heure où nombre de Canadiens s’efforcent d’assumer leurs contraintes financières malgré la pandémie de coronavirus, les conseillers en services financiers se retrouvent de plus en plus souvent dans une situation inédite, rapporte le Globe and Mail.

Dans son édition de jeudi, le quotidien relève en effet que les conseillers se retrouvent aujourd’hui en première ligne pour tenter d’aider leurs clients frappés de plein fouet par la double crise sanitaire et économique qui menace le pays. Concrètement, note le journal, « la volatilité des marchés, les fermetures d’entreprises et les licenciements massifs ont laissé beaucoup de Canadiens ébranlés et à la recherche de solutions pour réduire l’impact financier de la pandémie ».

« Les conseillers ne sont pas souvent dans une position où ils doivent venir en aide à quelqu’un qui n’arrive pas à joindre les deux bouts. Donc, face aux problèmes que connaissent aujourd’hui beaucoup de personnes, ils ne sont pas bien préparés ni équipés pour gérer ce genre de situations. En fait, leur expertise porte sur la manière d’aider les gens à gagner de l’argent, mais cela s’arrête là. On constate donc une certaine nervosité chez plusieurs professionnels qui souhaiteraient aider leurs clients mais qui se sentent mal outillés pour le faire », constate David O’Leary, fondateur et directeur de Kind Wealth, un cabinet de planification financière basé à Toronto.

CONSULTATIONS GRATUITES POUR LES CLIENTS AFFECTÉS

Pour tenter d’aider à résoudre les problèmes financiers personnels auxquels beaucoup sont confrontés durant cette période, le dirigeant a lancé des consultations gratuites à leur intention. Outre le fait de leur prodiguer des conseils, l’objectif est d’essayer de faire baisser leur niveau d’anxiété. Cette initiative est déjà soutenue par une douzaine de planificateurs financiers issus de différentes entreprises.

Selon le Globe and Mail, la majorité des personnes qui assistent aux séances organisées avec ces conseillers bénévoles d’un jour sont des propriétaires de petites entreprises, des travailleurs contractuels ou encore des mères célibataires, souvent désireux de reporter leurs paiements hypothécaires, par exemple. « Nous accueillerons probablement beaucoup de personnes dans des situations de dénuement réel ainsi que d’autres souffrant d’une anxiété qui n’est pas nécessairement liée à la richesse », explique David O’Leary.

Anticipant ce genre de situations, Justin Trudeau a récemment dévoilé un programme d’aide de quelque 82 milliards de dollars, incluant l’extension de la prestation canadienne pour enfants, de même que la création d’une prestation canadienne d’intervention d’urgence (Canada Emergency Response Benefit, ou CERB). Le premier ministre a également annoncé la prolongation des délais de production des déclarations de revenus et l’octroi de crédits supplémentaires aux petites entreprises pour les aider à traverser la crise économique à venir. Et depuis ces annonces, les services gouvernementaux sont débordés de demandes de soutien ou d’allocation de la part de centaines de milliers de personnes partout au pays.

De leur côté, les conseillers doivent également répondre à de très nombreuses questions. Le cabinet de planification financière Spring Planning a par exemple reçu des appels de clients travailleurs indépendants désireux d’avoir davantage d’information sur le soutien gouvernemental disponible et il a aussi dû répondre aux inquiétudes de plusieurs futurs retraités qui voulaient savoir s’ils pouvaient toujours se permettre de quitter la vie active à la date prévue.

Interrogée par le Globe and Mail, Sandi Martin, directrice de l’exploitation du cabinet, indique que ses conseillers aident les clients qui disposent encore de liquidités à établir des priorités et à budgéter leurs dépenses pour surmonter l’impact de la pandémie. Toutefois, souligne-t-elle, nombre de propriétaires de petites entreprises et de particuliers ne disposent pas d’un fonds d’urgence suffisant et ils se demandent comment limiter les dégâts en attendant que la vie revienne à la normale.

« ÉTABLIR UN PLAN POUR LES SIX PROCHAINS MOIS »

« Une grande partie de ce que nous pouvons faire dépend de ce que le gouvernement décidera. Le conseil que nous donnons donc à toutes ces personnes est d’attendre et de voir, ce qui est très insatisfaisant », reconnaît Sandi Martin. Pour l’heure, Spring Planning organise des conférences téléphoniques durant lesquelles le cabinet offre à ses clients un forum pour poser à ses conseillers des questions générales et exprimer leurs préoccupations. La société a aussi récemment organisé une conférence sur la volatilité des marchés et les investissements et en prévoit une autre qui portera sur les flux de trésorerie et la budgétisation.

Pour certaines personnes, le soutien gouvernemental risque cependant de ne pas suffire, avertit Natasha Knox, planificatrice financière et fondatrice de la société Pax Financial Planning and Education. C’est par exemple le cas des propriétaires de petites entreprises qui ont été contraints de fermer temporairement leur boutique, ou encore des locataires qui ont perdu leur emploi et s’inquiètent désormais de la manière dont ils payeront leur loyer. À ce sujet, le Globe and Mail rappelle que les six grandes banques canadiennes ont récemment annoncé des reports de paiement de prêts hypothécaires pouvant aller jusqu’à six mois pour les clients affectés financièrement par la pandémie.

Dans ce contexte tendu, les conseillers doivent se tenir prêts à fournir des conseils aussi précis que possible à leurs clients touchés par la situation actuelle, souligne Natasha Knox, qui prévoit que certaines personnes devront en effet reporter le paiement de leur prêt hypothécaire, tandis que d’autres devront puiser dans leurs économies ou resserrer la trésorerie du ménage. « Un conseiller devrait passer au peigne fin chaque situation individuelle pour ensuite établir un plan concret portant au moins sur les six prochains mois », conclut-elle.