Homme d'affaires observant la ville avec des jumelles, du haut d'un gratte-ciel.
Photo : bowie15 / 123RF

Le secteur des services financiers institutionnels était déjà en transformation avant la pandémie de COVID-19. Selon moi, cette dernière va accélérer des changements qui étaient déjà bien amorcés.

Voici de grandes tendances que notre industrie devrait comprendre et décrypter dès maintenant.

LA COMPOSITION DES PORTEFEUILLES DES CLIENTS INSTITUTIONNELS ÉVOLUE

Vieillissement de la population, dette publique en hausse et taux d’intérêt faibles, sans compter les impacts négatifs de la pandémie, voilà autant de facteurs qui risquent d’exercer une pression à la baisse sur les rendements à venir. On peut penser aux régimes de retraite par exemple ou encore à la clientèle des services funéraires, dans les faits, ce contexte concerne tous les clients de services institutionnels.

La plupart d’entre eux ont des portefeuilles qui se composent d’une portion significative de titres à revenu fixe allant généralement de 30 % à 40 % de l’ensemble de leurs actifs, parfois même plus. Comme nous risquons de rester dans un environnement de taux d’intérêt bas pour un bon moment, nos clients s’orientent de plus en plus vers de nouvelles catégories d’actifs pour dynamiser le rendement tout en diminuant le risque.

Les actifs moins traditionnels comme les infrastructures, les terrains ou même les terres à bois par exemple font progressivement leur apparition dans les portefeuilles des investisseurs institutionnels, même ceux qui étaient traditionnellement plus conservateurs. Pour plusieurs, cette catégorie d’actifs procure stabilité et revenus récurrents.

À mon avis, la composition des portefeuilles va donc continuer à évoluer au cours des prochaines années pour être en mesure de répondre aux exigences et aux engagements envers les participants.

L’INVESTISSEMENT RESPONSABLE VA DURABLEMENT MODIFIER NOTRE APPROCHE

Il y a 10 ou 15 ans, certains investisseurs institutionnels plus aguerris demandaient notamment d’éviter les placements dans le tabac, le jeu, l’armement ou l’énergie fossile. Aujourd’hui, l’investissement responsable a tendance à évoluer et à aborder toutes les facettes de l’entreprise et de ses relations avec la société.

Des actions liées aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sont essentielles au bien-être des entreprises et se transposent inévitablement sur la performance financière de celles-ci. Notamment, on constate que les critères liés à la diversité et à l’inclusion sont de plus en plus importants pour les investisseurs, ce sont donc des valeurs qui doivent être véhiculées par la haute direction des organisations.

Pour les entreprises, une bonne gestion des critères ESG a plusieurs effets positifs sur leur performance financière, mais aussi sur notre société, puisqu’elle a comme conséquence directe d’attirer les meilleurs talents. Favoriser la diversité et l’inclusion non seulement au sein de la haute direction, mais dans toute l’organisation, amène une complémentarité d’expertises, de points de vue et d’approches.

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre qualifiée, les organisations qui adoptent des comportements responsables deviennent des employeurs convoités. Assurer la diversité des équipes permet aussi à nos clients de se reconnaître en nous et de mieux connecter, car il y a des points en commun.

IDENTIFIER LES PREMIERS DE CLASSE

Développer des outils et des modèles d’analyse pour sélectionner les entreprises qui adoptent ces comportements est désormais plus que nécessaire pour trouver des solutions adaptées aux investisseurs consciencieux. Mieux encore, être capable de sélectionner les gestionnaires d’actifs qui savent identifier les entreprises qui ont de saines règles de gouvernance est une expertise que nous recherchons chez nos partenaires d’affaires.

La nouvelle réalité de l’investissement responsable n’est donc plus un vœu pieux, mais bien une trame de fond qui est là pour durer. C’est en quelque sorte un prisme qui sert désormais à rechercher et à analyser les entreprises qui vont se démarquer. Les investisseurs comprennent que les entreprises gérées sainement vont probablement récolter des bénéfices plus généreux.

PARTAGER LES MEILLEURES PRATIQUES, UN ATOUT DIFFÉRENCIATEUR

L’automatisation des opérations et l’implantation progressive de l’intelligence artificielle dans la gestion de portefeuille provoquent un changement dans le profil des professionnels recherchés. Nous voyons naître des équipes multidisciplinaires composées d’experts en placement, mais aussi d’experts en expérience client.

Nous misons sur des spécialistes qui cherchent à créer de la valeur additionnelle pour le client, qui visent à mieux comprendre l’ensemble de leurs besoins et à aller au-delà de leurs attentes. Je pense notamment au partage de nos connaissances et de nos meilleures pratiques lorsque vient le temps d’aborder les questions de la cybersécurité, de la gestion des données ou de la protection de la vie privée, des défis auxquels toutes les entreprises font face actuellement. J’aime croire que cette approche fondée sur un partenariat d’affaires va bien au-delà des rendements!

POUR UN AVENIR AXÉ SUR L’HUMAIN

L’écoute active, la proactivité, le partage de valeurs et l’expérience client sont dorénavant des pratiques au cœur de nos actions. Quand on prend le temps d’analyser toutes ces tendances, mes prévisions pour le secteur des services institutionnels semblent laisser présager un avenir positif pour notre industrie. À condition, bien sûr, de se transformer nous aussi.

Note : ce texte a précédemment été diffusé sur le site de la Banque Nationale. Il a été écrit par Nicolas Milette, Président et chef de la direction, Banque Nationale Trust