Le Canada sera tiré vers le bas par le ralentissement américain, en plus de subir ses propres problèmes, entrevoit Benjamin Tal, économiste en chef adjoint à la CIBC.

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« L’année 2017 fut fantastique pour la croissance économique, et la première moitié de 2018 était aussi positive. Mais déjà le ralentissement a commencé, et il va se poursuivre », dit Benjamin Tal.

Après une croissance d’environ 2,1 % cette année, l’économiste s’attend à descendre sous 2 % en 2019, et jusqu’à 1,3 % en 2020. Raison principale, selon lui : la fin du party fiscal des entreprises américaines.

« Les retombées positives de la réforme fiscale survenue l’an dernier vont se terminer d’ici 2020, et vont se transformer en une force négative. On prévoit un basculement de 1,6 % du positif au négatif, en termes de croissance du PIB. Cela revient à retirer 1 200 milliards de dollars de l’économie, ce qui est suffisant pour ralentir la croissance à 1,4 % en 2020, après 2,2 % en 2019 et 2,9 % en 2018 », dit Benjamin Tal.

En plus de l’influence de nos voisins du Sud, l’économie canadienne fait face à d’autres vents contraires. D’abord, les entreprises canadiennes perdent leur capacité à concurrencer les Américaines, en raison des réductions d’impôt et de l’amortissement accéléré d’actifs dont jouissent celles-ci. Ensuite, le pétrole albertain est désespérément escompté par rapport aux indices de référence WTI et Brent, à cause de la « saga des pipelines », explique Benjamin Tal.

« Nous sommes dans une situation où l’investissement dans l’énergie, qui était un vecteur économique important jusqu’ici, limite désormais notre potentiel de croissance », dit l’économiste.

« Ajoutez à cela la sensibilité de l’économie aux hausses de taux d’intérêt, surtout dans le secteur immobilier, et nous avons la recette pour un ralentissement économique. »

Dans ce contexte, qu’adviendra-t-il des taux d’intérêt et des devises ?

« Pour le moment, la Fed hausse les taux de manière très prévisible, de 25 points de pourcentage chaque trimestre. Mais quand le ralentissement va survenir aux États-Unis, elle va devoir trouver une solution. Soit elle va réduire à nouveaux les taux en 2020, soit elle va cesser de les augmenter beaucoup plus tôt que prévu », entrevoit Benjamin Tal.

« La Banque du Canada, qui s’est montrée optimiste jusqu’ici, va changer très bientôt d’attitude. Il est clair que l’économie n’est pas florissante, l’inflation n’augmente pas de manière significative, et les prix du pétrole sont maintenant plus bas qu’au moment des premières hausses de taux voilà deux ans. La Banque du Canada augmentera peut-être encore ses taux une fois ou deux, mais ce sera tout. Ce sera d’ailleurs une bonne chose pour le marché immobilier », poursuit l’économiste.

« Tout cela n’est pas très positif pour le dollar canadien. La Fed avance plus vite que la Banque du Canada, et les prix du pétrole n’aident pas notre devise, alors on s’attend à voir le huard perdre encore un ou deux cents avant de se stabiliser. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.