La plupart des banquiers interrogés par l’AFP se disent satisfaits du détricotage de la réglementation financière par Donald Trump… mais ont exigé de garder l’anonymat.

Si le sentiment général dans le milieu financier new-yorkais est largement positif à l’égard des gestes posés par le président américain, on se garde en effet de toute célébration bruyante par crainte d’un retour de bâton, tant la colère à l’encontre de Wall Street reste prégnante dans la population, analyse l’Agence France-Presse (AFP). Pas plus tard que le mois dernier, des militants proches de l’aile gauche du parti démocrate ont organisé des manifestations devant les bureaux de la banque d’affaires Goldman Sachs dans plusieurs villes du pays. Ils ont réclamé que les banquiers soient tenus responsables de leurs errements ayant conduit en 2008 à la plus grave crise financière depuis 1929.

Rappelons que les règles qu’envisage de démanteler M. Trump, notamment la loi Dodd-Frank, ont justement été mises en place par son prédécesseur pour prévenir une nouvelle crise.

Bartlett Naylor, de l’association de défense des consommateurs Public Citizen, affirme quant à lui que le magnat de l’immobilier a brisé ses promesses électorales à l’égard de ceux qui ont été saignés par Wall Street et qui constituaient un appui important pour le 45e président des États-Unis.

Donald Trump a en effet axé sa campagne sur le rejet des élites, symbolisées notamment par les banquiers dont l’impunité supposée est régulièrement dénoncée.

MOINS DE COÛTS POUR LES BANQUES

Contactées par l’AFP, les principales banques d’affaires américaines n’ont pas souhaité réagir pour l’instant à cette volonté de révoquer la loi Dodd-Frank. Mais en regardant du côté des Bourses, l’agence observe que les titres de Goldman Sachs, JP Morgan, Morgan Stanley, Bank of America, Citigroup ou encore Wells Fargo font tous très bonne figure ces derniers jours.

Les obligations des grandes banques sont également recherchées, tandis que les prix des contrats d’assurance que doivent souscrire les créanciers d’institutions financières (CDS) sont en nette baisse.

Un trader interrogé par l’AFP a justement acheté des titres bancaires vendredi dernier. Il justifie ces transactions par le fait que les institutions financières n’auront plus à subir les nombreux coûts liés à la conformité. Après la crise, ces établissements avaient en effet été contraints d’investir des millions de dollars dans les technologies et le renforcement de leurs procédures de contrôle et d’alerte, ainsi que d’embaucher des milliers de personnes.

APPEL À LA PRUDENCE

L’administration Trump devrait par ailleurs assouplir la règle Volcker, qui limite la capacité des banques à spéculer avec leur propre argent, et surtout, se débarrasser de la disposition forçant les courtiers à privilégier les intérêts de leurs clients, connue sous le nom de devoir fiduciaire (fiduciary rule).

Certains banquiers appellent cependant l’industrie à la prudence, notant que le feu vert du Congrès est requis pour révoquer la loi Dodd-Frank. Et ce n’est pas gagné, croient-ils, car les partisans de la loi – nombreux parmi les parlementaires républicains d’États dévastés par la crise des subprimes – font valoir qu’elle a permis d’assainir le bilan des banques et de redonner confiance envers le système financier américain à travers des tests de résistance annuels (stress tests) et des niveaux de liquidités importants.

L’écart de crédit, c’est-à-dire la différence entre les taux obligataires des banques et ceux des États-Unis (financés à des taux bas), était stable vendredi par rapport aux jours précédents, montrant la prudence relative des investisseurs face aux dernières initiatives de l’administration Trump. Or, un regain de confiance dans les perspectives des banques aurait entraîné une nette réduction de cet écart.

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