Le nouveau président des États-Unis, qui entrera en fonction le 20 janvier, demeure persuadé que la dérégulation de la finance contribuera à relancer l’économie américaine, rapporte Le Monde.

Dans l’un de ses premiers communiqués, l’équipe de transition qu’il a formée a ainsi prévu le démantèlement de la loi Dodd-Frank. Votée en 2010, celle-ci constitue la clé de voûte de la réglementation de la finance instaurée par l’administration Obama après la crise financière de 2008 pour en canaliser les excès.

« Nous devons nous en débarrasser », insiste Donald Trump dans une interview publiée vendredi dans le Wall Street Journal, qualifiant ce texte de « fardeau énorme pour les banques ». Ces dernières « sont incapables de prêter. Cela a rendu notre pays non compétitif et a ralenti la croissance », soutient-il.

L’INDICE S&P 500 RETROUVE SON NIVEAU DE 2008

Le président élu affirme par ailleurs que ce sont les Américains des classes moyennes, et non les mieux nantis, qui ont été affectés par le renforcement de la régulation. « Moi, je peux emprunter de l’argent, mais les gens qui sont vraiment bons dans ce qu’ils font et qui ont besoin d’argent pour créer ou développer une entreprise ne peuvent pas en emprunter auprès des banques. »

Des propos qui ont suscité « l’enthousiasme » de la Bourse, indique Le Monde, qui souligne que l’indice S&P 500 a terminé la semaine sur un gain de 8 % en trois séances, pour retrouver ses niveaux de 2008.

Dans un premier temps, la nouvelle administration devrait concentrer son action sur les mesures les plus contestées par les républicains au cours des huit dernières années, explique le quotidien. Avec en particulier deux objectifs : d’une part, rogner les pouvoirs du Conseil de surveillance de la stabilité financière (Financial Stability Oversight Council), qui est habilité à désigner les établissements financiers non bancaires comme systémiques ou non; d’autre part, revenir sur la possibilité qu’ont les régulateurs financiers de prendre le contrôle d’une institution financière en difficulté pour la liquider afin d’éviter la répétition du scénario de 2008, lorsque les contribuables avaient été obligés de renflouer les établissements trop mal en point.

« PERMETTRE AUX BANQUES DE PRÊTER DE NOUVEAU »

Le rôle du Bureau de protection financière des consommateurs (Consumer Financial Protection Bureau, ou CFPB) est lui aussi dans le collimateur du Parti républicain. Souvent méconnu de ce côté-ci de la frontière, ce régulateur s’est récemment illustré en infligeant une amende de 185 millions de dollars à la banque californienne Wells Fargo pour avoir créé des milliers de comptes bidons à l’insu de ses clients. Mis sur pied à l’initiative de la sénatrice démocrate du Massachusetts Elizabeth Warren, l’une des chefs de file de la lutte contre la corruption et les excès de la finance, le Bureau a pour mission de réguler les prêts hypothécaires et les cartes de crédit, deux secteurs dans lesquels de nombreux abus avaient été constatés durant la crise de 2008.

Aujourd’hui, le lobby bancaire et les responsables du Grand Old Party veulent à tout prix réduire l’influence du CFPB et se débarrasser de son dirigeant actuel, le démocrate Richard Corday, explique Le Monde. Ils l’accusent en effet de faire du zèle au détriment des institutions financières et lui reprochent aussi, entre autres, d’avoir abusivement restreint l’accès des consommateurs au crédit et à certains produits financiers.

En fin de compte, l’objectif affiché de la nouvelle administration républicaine est plus que jamais de déréguler le secteur pour permettre aux banques de prêter à nouveau, comme l’a martelé Donald Trump tout au long de sa campagne électorale.

La City redoute les effets de la dérégulation

L’entrée prochaine de Donald Trump à la Maison-Blanche suscite des réactions mitigées à la City, explique Le Monde.

Dans un premier temps, les marchés ont réagi à la hausse, les investisseurs espérant que le plan de relance budgétaire et les baisses des impôts annoncées profitent à la croissance. Mais d’un autre côté, le centre financier britannique redoute les effets que pourrait avoir l’abrogation de la loi Dodd-Frank sur l’« attractivité » de la City.

MAUVAIS TIMING

Plus spécifiquement, les analystes estiment que sa suppression, ou même son allégement, aboutira à rendre Wall Street plus compétitif sur le plan réglementaire que son homologue britannique, déjà ébranlé par le Brexit.

Ce risque de concurrence arrive « au plus mauvais moment pour la City », souligne Le Monde, qui rappelle que plusieurs groupes bancaires se préparent à délocaliser une partie de leurs activités ailleurs sur le Vieux Continent.

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