• Ce texte est paru dans l’édition de décembre 2006 de Conseiller. Il est aussi disponible en format PDF.
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Malgré leur horaire chargé, de nombreux conseillers consacrent temps et énergie à des conseils d’administration. Leur entourage, leur clientèle et eux-mêmes en tirent un grand bénéfice. Voici pourquoi.

L’une a eu la piqûre par pur hasard, il y 10 ans. L’autre a longtemps caressé le rêve d’y prendre part. Peu importe leur parcours, les deux conseillers n’hésitent plus à consacrer l’équivalent d’au moins une journée par semaine à leur passion commune: œuvrer dans des conseils d’administration. «C’est quelque chose qui me tenait à cœur. On veut que notre industrie fonctionne adéquatement. La meilleure façon de faire changer les choses, c’est de s’impliquer», est convaincu Gilles Sinclair, de B2B Trust. Depuis juin dernier, le Montréalais préside l’Institut québécois de planification financière (IQPF).

« On a le sentiment de faire avancer les choses parce que c’est là que se prennent les décisions », raconte Louise Viau, associée des Services financiers Kingsbury Viau, dans les Laurentides. Pourtant, la présidente sortante de la Chambre de la sécurité financière (CSF) n’avait jamais soupçonné qu’elle éprouverait un jour un tel coup de foudre. En 1996, un administrateur de la défunte Association des intermédiaires en assurance de personnes du Québec la sollicite. « Un grand projet, pleinement réalisé maintenant, débutait alors: la formation continue. Comme je trouvais que c’était la pierre angulaire pour démontrer la compétence et rehausser l’image de notre profession, j’ai décidé de m’impliquer », dit l’assureure vie agréée et planificatrice financière.

Conseils d’administration: où sont-elles?

Même si elles représentent aujourd’hui près de la moitié de la main-d’œuvre, les femmes brillent toujours par leur absence là où se prennent les grandes décisions, c’est-à-dire au sein des conseils d’administration. Au Canada, elles ne constituent toujours que 6% à 8% des CA des 300 plus importantes compagnies canadiennes, révèle une étude du cabinet de recrutement Korn/Ferry International, réalisée conjointement avec Patrick O’Callaghan and Associates de Vancouver. La proportion n’a pas bougé d’un iota en 12ans. Leur situation est plus enviable au sud de notre frontière, où la part des administratrices n’atteint cependant que 14,7 %. La cause principale? Leur manque d’expérience, arguent souvent les milieux d’affaires.

Récemment, le cahier financier du quotidien torontois The Globe and Mail prodiguait cinq conseils aux candidates désireuses d’intégrer ces cénacles du pouvoir :

  1. Instaurer et entretenir un réseau de relations bien ciblé. «Trop souvent, les femmes créent des liens avec beaucoup de monde, mais négligent de les cultiver et de les approfondir», déplorent Korn/Ferry International et Patrick O’Callaghan and Associates;
  2. Lier connaissance avec des administrateurs en mesure d’influencer les décisions de recrutement des conseils d’administration;
  3. Cumuler des expériences au sein de CA d’organismes à but non lucratif ou de compagnies privées. Tenter de diriger le conseil ou un comité-clé pour se démarquer;
  4. Communiquer avec des cabinets de recrutement d’administrateurs. «Ils ne peuvent vous recruter si vous n’existez pas dans leur base de données», claironnent les experts;
  5. S’inscrire à des formations en administration de conseils.

Source: Female directors need apply, The GlobeandMail, 10 octobre 2006.

L’une des qualités que l’administrateur avait décelée chez elle? Son leadership. Depuis, celle qui a aussi siégé à l’ancien Bureau des services financiers a noté d’autres forces chez ses semblables. «Cela prend quelqu’un qui possède un jugement solide et un grand sens de l’éthique. » Une excellente écoute constitue une autre qualité primordiale, estime Gilles Sinclair. « Quelqu’un qui a beaucoup d’entregent et une facilité à côtoyer les gens », ajoute-t-il. Ces aptitudes sont d’ailleurs courantes chez les conseillers, ceux-ci étant appelés à travailler avec le public.

Le conseiller, actif dans l’industrie depuis 25 ans, présente un cheminement fortement recommandé à quiconque souhaite explorer cet univers formateur. En clair, le nouveau président de l’IQPF a procédé par étapes. « J’ai commencé comme simple participant dans des comités, que j’ai ensuite pris en charge», raconte-t-il. Ancien vice-président du défunt Réseau des intervenants en industrie financière, il a aussi présidé divers comités de l’IQPF. Son conseil aux novices: ne pas hésiter à signifier directement son intérêt aux organismes et entreprises. Ils sont constamment en quête de sang neuf pour enrichir leurs comités sectoriels ou régionaux, pour organiser un congrès ou une formation. Le candidat acquiert ainsi confiance et expé- rience. Il se fait aussi connaître. « Vous pouvez vous faire élire comme président régional et ensuite gravir les échelons », suggère-t-il.

Ce parcours à petites doses, Louise Viau le recommande également. «Des fois, des gens sans expérience se font élire à un conseil d’administration provincial. Ils arrivent et se rendent compte que cela représente plus que ce qu’ils pensaient. Ils ne se sentent pas à leur place et le CA y perd aussi.» Une situation ennuyeuse pour tous, a fortiori si le mandat s’étire sur deux ans. Voilà pourquoi les chambres de commerce, fondations ou commissions scolaires fournissent d’excellentes premières expériences.

Le vade-mecum de l’administrateur averti

Des règles précises encadrent le fonctionnement des conseils d’administration des entreprises assujetties à la Loi sur les compagnies du Québec. En voici quelques grandes dispositions:

  • le conseil d’administration est composé d’au moins trois membres (ou administrateurs);
  • un administrateur doit être une personne physique âgée de 18 ans et plus;
  • l’élection des administrateurs a lieu tous les ans et se fait au scrutin;
  • un administrateur peut être réélu s’il détient les qualités requises;
  • les administrateurs peuvent fixer leur rémunération.

De plus, un conseil d’administration composé de plus de six membres peut, après obtention du vote d’au
moins les deux tiers des actions, sélectionner parmi eux au moins trois candidats pour former un comité
exécutif. Celui-ci exercera les pouvoirs délégués par le conseil d’administration.

Source: Éditeur officiel du Québec

Gilles Sinclair, de B2B Trust, est président de l’Institut québécois de planification financière.
Gilles Sinclair

Cocktails et risques

Aucun doute, les conseillers actifs au sein de conseils d’administration tirent une grande satisfaction de leur engagement. «Cela nous permet de savoir ce qui s’en vient dans l’industrie et d’avoir des contacts», témoigne Gilles Sinclair. Ministres, hauts fonctionnaires, collègues d’autres ordres professionnels ou d’autres provinces, le président de l’IQPF en rencontre semaine après semaine. «Cela nous permet aussi de connaître des gens qu’on aurait pas pensé recommander à nos clients auparavant, constate-t-il. On ne peut pas être spécialiste dans tout. Il faut avoir un réseau qui permet de combler certains besoins.» Ainsi, il croise régulièrement des comptables, fiscalistes ou notaires appelés, par exemple, à donner des formations à l’IQPF. Autant de spécialistes à la fine pointe de leur art avec qui les clients gagneront à travailler. Louise Viau remarque que l’habileté à structurer et à exprimer sa pensée, peaufinée autour d’une table, profite également à sa clientèle. «On est plus concis dans nos interventions et cela peut servir dans nos entrevues avec les clients», résume-t-elle.

Il n’en demeure pas moins que le rôle d’administrateur requiert du temps. «Quand, par exemple, la Chambre de la sécurité financière est en période de recrutement de membres pour le CA, on leur dit toujours qu’il faut prévoir investir à peu près 300 heures par année», dit l’ancienne présidente. Car leur participation ne se limite pas aux réunions. Pour maximiser l’efficacité de ces dernières, les élus doivent au préalable prendre connaissance d’une multitude de documents. Ils doivent également intégrer d’autres comités satellites, qui se rapportent directement au CA. «C’est plus accessible pour le travailleur à l’horaire souple», dit-elle. Les cocktails après le boulot, les congrès à l’échelle du pays, Gilles Sinclair les connaît. Au moment d’écrire ces lignes, il revenait d’un week-end à Saguenay. «Cela prend aussi une conjointe qui est assez souple», recommande-t-il. Au total, ces activités associatives monopolisent au minimum l’équivalent d’une journée par semaine. Il essaie de contenir les rencontres à l’intérieur d’un délai de deux heures, à l’heure du lunch ou en début de soirée. Il est devenu un as de la gestion du temps. Pour concilier travail et action bénévole, il arrive au bureau à 7 heures. «Dans mon cas, j’ai obtenu de mon employeur l’autorisation de donner ce temps, se réjouit-il. Quelqu’un qui voudrait se lancer dans l’aventure sans l’en informer, ça pourrait lui causer des problèmes.» Car son rendement, la satisfaction de ses clients, voire ses revenus pourraient en souffrir. «Heureusement, mon chiffre d’affaires est bon», se félicite M. Sinclair.

Louise Viau, associée des Services financiers Kingsbury-Viau et présidente sortante de la Chambre de la sécurité financière.
Louise Viau

Le conseiller désireux d’intégrer un conseil doit également prendre conscience des risques associés à son rôle. «Quand on est administrateur, on est responsable, rappelle Louise Viau. On peut être poursuivi. Il faut être prêt à vivre avec cela.» Cette possibilité ne devrait pas effrayer les intéressés, mais ils doivent en tenir compte dans le choix de leur organisme ou de leur entreprise. Contribuer à l’essor de l’économie québécoise est une chose, mais risquer d’y perdre sa chemise en est une autre! Pour parer à cette éventualité, de nombreux CA offrent à leurs administrateurs une assurance responsabilité.

En juin prochain, Louise Viau quittera le conseil de la CSF. Mais elle n’abandonne pas pour autant les salles du CA. Loin de là. Depuis peu, elle siège à l’Ordre des dentistes du Québec. Et signe de son intérêt indéfectible pour le domaine, elle fait partie des 25 premiers finissants du nouveau certificat en gouvernance de sociétés de l’Université Laval. «C’est un must», lance la récente diplômée, qui compte bien en faire bénéficier ses CA actuels… et futurs!

Des chasseurs d’administrateurs

Depuis des lustres, les entreprises font appel à eux pour dénicher leur nouveau pdg et leur équipe de direction. Mais de plus en plus, elles retiennent aussi les services de cabinets de recrutement pour renouveler, voire muscler leur conseil d’administration. «C’est un phénomène très présent aux États-Unis et en Angleterre, et qui commence à prendre un peu d’envol au Canada et au Québec», explique Jean-Claude Lauzon, associé directeur du bureau de Montréal de Korn/Ferry International. Premier chasseur de têtes du monde, le groupe se dispute avec quelques rivaux ce créneau émergent. Ses clients? « Plusieurs des 30 plus grandes entreprises au Québec», préciset-il. Y compris dans le secteur financier, sans fournir plus de détails, secret stratégique oblige. « Plusieurs entreprises d’ici oeuvrent partout autour de la planète, explique le dirigeant. Souvent, elles souhaitent avoir des administrateurs qui ont un rayonnement mondial et qui, dans plusieurs cas, se trouvent au Canada anglais, aux États-Unis, en Europe et en Asie.» Korn/Ferry International dispose d’une équipe planétaire d’éclaireurs en mesure de dépister ces perles rares, expertes dans leur secteur et prêtes à consacrer de 150 à 250 heures par année à cette activité.

Un conseil d’administration d’envergure compte en général de 10 à 15 membres. Les cabinets de recrutement recherchent ainsi des candidats qui détiennent des expériences, des points de vue et des compétences à la fois diversifiés et complémentaires. « Si tout le monde a le même profil, cela ne fera pas une équipe solide», rappelle M.Lauzon. Au Québec comme sur le reste du continent, les baby-boomers constituent notamment un bassin prometteur. « Ils sont en grand nombre et ont eu la chance de détenir des postes importants, poursuit-il. Ils ont une expérience hautement diversifiée.» Et même à la retraite, nombre d’entre eux comptent mettre leur expertise à profit.


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