Deux titres américains à grande capitalisation devraient satisfaire les investisseurs de type valeur : Bank of America et Dow Chemical. Explications avec Paul Roukis, gestionnaire de portefeuille pour les stratégies de valeur à forte capitalisation chez Rotschild Asset Management, à New York.

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« Bank of America est notre préférée parmi les institutions financières diversifiées, en raison de la valeur relative du titre et du levier d’exploitation de l’entreprise. La banque sert 50 millions de consommateurs et d’entreprises aux États-Unis, mais a aussi des activités mondiales, notamment dans la gestion de patrimoine et dans l’investissement institutionnel : pensez à sa filiale Merril Lynch », dit Paul Roukis.

Selon l’expert, le marché reconnaît la bonne position de la banque à court terme dans la courbe des rendements. On estime qu’un déplacement parallèle de 100 points de base apporterait à l’institution 3 milliards de revenus nets d’intérêt dans les 12 prochains mois. « La majeure partie de ces revenus iraient directement dans les profits de Bank of America », note Paul Roukis.

En revanche, il estime que le marché apprécie peu le potentiel de la banque en matière de réductions de coûts et de croissance organique des revenus. En effet, Bank of America commence tout juste à sortir la tête de l’eau après des années passées à réparer les dégâts de la crise financière, croit Paul Roukis.

« Souvenez-vous que Bank of America a dû gérer la débâcle de Countrywide Financial, qu’elle avait acquise au pire moment. Ajoutez à cela des poursuites juridiques, et des coûts de service élevés en raison des nombreuses hypothèques impayées. Elle a été forcée de jouer en défense pensant plusieurs années », dit-il.

Dorénavant, l’expert estime que Bank of America peut réduire son coefficient de rendement d’exploitation sous la barre des 60 %, ce qui contribuera à ses profits, en plus des taux d’intérêt cités plus haut. Le bond des profits pourrait s’élever à 20 % en 2017 et à nouveau de 20 % en 2018, pour atteindre 1,80 $ par action, « à condition que l’économie demeure stable et que l’environnement coopère », dit-il.

Enfin, la banque pourrait profiter des politiques de déréglementation promises par l’administration Trump, si elles se traduisent par des lois.

Conclusion : le prix du titre, estimé à 13 fois les profits pour 2017 et 11 fois pour 2018, le rend très attrayant pour un investisseur de type valeur comme M. Roukis.

DOW CHEMICAL : « 1 + 1 = 3 »

L’autre grand favori du gestionnaire est Dow Chemical, un géant mondial de la pétrochimie qui prévoit fusionner avec son concurrent DuPont.

« Ces deux entreprises vendent des produits chimiques qui se retrouvent dans tout ce que nous achetons. Leur empreinte s’étend à de nombreux marchés et on peut dire qu’ils sont des intermédiaires de l’économie mondiale. Lorsque la fusion sera entérinée, la capitalisation boursière de la nouvelle entreprise sera d’environ 150 milliards, l’une des plus grosses du marché. Pour nous, c’est une situation où 1 + 1 = 3 », affirme Paul Roukis.

Reste à voir les autorités réglementaires approuver cette fusion, aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Mais l’expert croit qu’elle pourrait se conclure dès le troisième trimestre 2017.

« Les avantages de la fusion sont énormes : nous entrevoyons au moins 3 milliards de réduction de coûts et 1 milliard de revenus synergiques. Dans des entreprises de cette taille, beaucoup de fonctions sont redondantes. On pense à la réduction de l’effectif, mais d’autres gains sont possibles sur le plan de la logistique ou de l’approvisionnement. Et 70 % des réductions de coûts pourraient survenir dès la première année », dit Paul Roukis.

Le prix de l’action de Dow Chemical, estimé à 15 fois ses profits pour 2017 et à 14 fois pour 2018, justifie donc son ajout à un portefeuille de type valeur, croit l’expert.