Billets de banque de plusieurs pays.
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L’affaiblissement annoncé du dollar américain ne devrait guère profiter aux autres devises du G10. C’est plutôt dans les pays émergents que le marché des changes offre de bonnes occasions, selon Luc de la Durantaye, chef des placements et stratège pour Gestion d’actifs CIBC.

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« Le dollar américain sert de référence à toutes les autres devises, or du point de vue de l’évaluation il est dispendieux. Une façon de le démontrer, c’est le fait que l’économie américaine a un compte courant négatif. Le pays achète plus de l’extérieur qu’il est capable d’y vendre, ce qui indique un manque de compétitivité. Habituellement, cela est un poids négatif pour une devise. En outre, l’économie américaine a aussi un gros déficit fiscal qui doit finir par se résorber et cela aura une incidence négative sur l’économie. La Fed sera forcée de baisser les taux, ce qui est un élément qui pèse indirectement sur une devise », observe Luc de la Durantaye.

Selon l’expert, ces facteurs contribuent à entrevoir une légère baisse du dollar américain par rapport aux autres devises principales, et même face à certaines devises des pays émergents.

« L’euro est souvent caractérisé comme l’anti-dollar, puisque c’est la seconde devise la plus négociée sur le marché des changes et toute faiblesse du dollar américain se traduit par une certaine force de l’euro. Celle-ci devrait cependant être mitigée car l’euro fait face à des défis structurels. Le projet européen n’est pas tout à fait complété, l’infrastructure politique n’est pas pleinement en place et cela amène de l’instabilité dans la zone euro. À plus court terme, évidemment le Brexit va créer un effet négatif sur le commerce extérieur de la zone. Mais aussi, le manque de croissance et d’inflation font que la Banque centrale européenne est l’une des plus accommodantes. Les différentiels de taux d’intérêt sont négatifs dans une bonne partie de l’Europe, ce qui rend la devise aussi moins attrayante », dit Luc de la Durantaye.

Il prévoit donc qu’en cas de fléchissement du billet vert, l’euro ne profitera que très modestement, passant tout au plus de 1,12 dollar américain à 1,14 $ US.

Quant au dollar canadien, il ne sera pas non plus bénéficiaire si la devise américaine venait à flancher, croit l’économiste.

« L’économie canadienne subit un déficit de la balance commerciale. Malgré le fait que notre devise est sous-évaluée face au dollar américain, cela n’a pas amélioré notre compétitivité dans l’économie mondiale, alors on ne peut pas se permettre d’avoir une devise coûteuse. Donc, les pressions à la baisse sur le huard vont demeurer, jusqu’à ce que l’on voie la balance commerciale s’améliorer. D’ici là, le dollar canadien devrait demeurer entre 72 et 74 cents américains », pense Luc de la Durantaye.

Pour les investisseurs qui souhaitent faire croître leur capital sur des devises étrangères et trouver de bonnes occasions sur le marché des changes, « c’est dans les pays émergents qu’il faut chercher », tranche l’expert.

« Beaucoup de leurs devises sont sous-évaluées, avec des taux d’intérêt beaucoup plus élevés que dans les pays développés, et une force démographique bien supérieure à moyen terme. On parle d’économies comme l’Indonésie ou l’Inde, qui ont une croissance intéressante, avec des devises sous-évaluées et des taux d’intérêt élevés. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.