Un chercheur travaille dans un laboratoire
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C’est tout ce qu’il reste à faire une fois que les gouvernements ont vidé leur boîte à outils financiers, selon Avery Shenfeld, économiste en chef de la CIBC.

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« Le monde entier traverse une situation financière comme nous n’en avons jamais vue de nos vies. La comparaison la plus proche avec la crise de la COVID-19 est celle de la grippe espagnole, qui remonte à nos arrière-grands-parents. Du point de vue économique, c’est un choc inédit dans un contexte nouveau », dit Avery Shenfeld.

La récession n’est plus en doute, selon l’expert. Des pans entiers de l’économie mondiale subissent une baisse d’activité, suffisamment pour la plonger dans le rouge pour le restant de l’année. Il est encore difficile de déterminer quand le redressement aura lieu.

« La grande inconnue n’est pas l’arrivée d’une récession, mais sa durée. Nous n’avons aucune idée de quand nous pourrons reprendre nos vies normales », se désole Avery Shenfeld.

La Chine et la Corée du Sud offrent une lueur d’espoir, puisqu’elles ont réussi à stabiliser leur situation et reprennent progressivement leur activité. Mais elles peuvent encore très bien connaître une nouvelle poussée épidémique, tempère l’expert.

« Dans ce contexte d’hibernation prolongée de l’économie mondiale, il est primordial de préserver la santé financière des individus et des entreprises. Les gouvernements et les banques centrales vont devoir se montrer créatifs pour éviter une vague de défauts de paiement au moment où les revenus ne rentrent plus, de façon à pouvoir repartir quand le virus sera maîtrisé », indique Avery Shenfeld.

« Déjà, des gouvernements de par le monde ont annoncé des mesures pour soutenir les marchés du crédit. Cela sera essentiel pendant que les gens sont au chômage ou forcés de rester chez eux. Que la reprise ait lieu au quatrième trimestre ou l’an prochain, il nous faut dans tous les cas une économie en santé », poursuit l’expert.

Sur les marchés financiers, pendant ce temps, la volatilité est au menu du jour.

« Les conseillers doivent s’assurer d’ajuster le risque dans le portefeuille de leurs clients, et les préparer à saisir des occasions lorsqu’elles vont se présenter. Mais pour l’instant, tant que nous n’avons pas de perspectives claires du côté des épidémiologistes, ça ne vaut pas vraiment la peine d’écouter les prédictions des experts financiers », tranche Avery Shenfeld.

Faute d’en savoir plus, on doit appuyer les institutions financières pour qu’elles puissent à leur tour soutenir les entreprises et les consommateurs, croit-il.

« Parmi les leçons de la crise financière, on a retenu plusieurs outils qui peuvent non seulement préserver de bas taux sur les obligations gouvernementales mais aussi limiter les hausses de taux et maintenir l’accès au crédit. La Fed a par exemple pris des mesures pour assurer que le financement des effets commerciaux se poursuivent, et la Banque du Canada a fait de même pour les acceptations bancaires. Le gouvernement canadien a annoncé un programme de rachat des prêts hypothécaires assurés. Cela va permettre aux banques de demeurer engagées dans le marché et de continuer à servir leurs clients. C’est important, car les entreprises et les ménages solvables ne devraient pas se voir interdits de crédit juste parce que les marchés financiers sont en panique », souligne Avery Shenfeld.

« Il faudra d’ailleurs s’assurer que les entreprises et les ménages qui pourraient paraître insolvables dans une perspective à court terme reçoivent une aide spéciale du gouvernement. C’est le type de leçon que nous avons appris de la crise financière voilà plus de dix ans, et l’expérience nous permet de déployer ces outils plus vite cette fois-ci. Voilà au moins un signe encourageant. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.