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Un investisseur de 23 ans pourra avoir épargné un million de dollars à sa retraite s’il place 14 dollars par jour dans un fonds peu coûteux du S&P 500, soutenait récemment ABC World News. Mais le chercheur de Morningstar John Rekenthaler en doute.

L’auteur relève d’abord une imprécision dans le rapport d’ABC. S’agit-il de 14 dollars par jour pendant 365 jours ou seulement les jours où les places boursières sont ouvertes? Si l’on s’en tient à 250 placements de 14 dollars par année, on investira 3 500 $ annuellement. Il faudra donc un rendement annuel de 7,6 % pour arriver au million de dollars.

LE PASSÉ PAS GARANT DE L’AVENIR

Possible, mais pas évident. C’est à peu près ce qu’a gagné le S&P 500 pendant les 42 dernières années, mais ce dernier a obtenu 6,4 % de rendement pendant les 42 années précédentes et 5,6 % par année pour la période de 42 ans avant cela. Les rendements n’ont pas été aussi élevés dans les autres pays et rien ne dit qu’ils le seront aux États-Unis pour la prochaine période de 42 ans.

Mieux vaudrait donc investir 14 $ chaque jour, pendant 365 jours, ce qui réduirait à 6,3 % le rendement requis pour atteindre un million de dollars. Il faudrait évidemment ajuster ces 14 $ à l’inflation pour atteindre le million de dollars en valeur réelle. En effet, un million de dollars en 2018 ne seront peut-être pas aussi réjouissants en 2060…

TOUT DÉPEND DU MARCHÉ

Les fluctuations du marché menacent également la réalisation de ces prédictions. Si le rendement annuel réel est inférieur d’un point au taux nécessaire, on obtiendra plutôt 767 000 dollars. Si elle chute d’un autre point de pourcentage, pour s’établir à 4,3 %, la somme épargnée baissera à 590 000 dollars.

Heureusement, les répercussions positives seront tout aussi fortes si le marché fait mieux que prévu. Une hausse d’un point de pourcentage du rendement annuel augmentera le pécule à 1,33 million de dollars et une hausse de deux points le poussera à près de 1,8 million de dollars.

Par ailleurs, la méthode proposée ne fonctionne que si les frais restent faibles. Une variation, même modeste, des frais sur une période aussi longue viendra bouleverser les calculs.

COMMENCER TÔT

ABC rappelait l’importance d’investir tôt, ce avec quoi John Rekenthaler est tout à fait d’accord. Toutefois, les variations du marché sur une longue période viendront encore une fois influencer la donne.

Imaginons un épargnant qui commence à investir à 23 ans et un autre qui commence à 40 ans, soit 17 ans plus tard. Si les actions prospèrent pendant les 17 premières années, l’investisseur précoce en retirera les bénéfices. Si elles stagnent, l’investisseur plus âgé mettra bien moins de temps à rattraper le temps perdu.

ABC soutient qu’un investisseur de 40 ans devra placer 42 $ par jour pour atteindre un million de dollars en 25 ans. Selon John Rekenthaler, cela suppose un point d’équilibre à 5,5 % de rendement annuel. Au-dessus de ce taux, le quarantenaire doit investir plus de 42 dollars par jour pour tenir le rythme du plus jeune. Par contre, un rendement annuel de 2 % pendant les 17 premières années n’exigerait de l’investisseur de 40 ans que 28 dollars par jour pour atteindre le même résultat que celui de 23 ans.

Notons aussi que l’hypothèse d’ABC porte sur un investisseur qui placerait tout son argent dans des actions, une tactique plutôt rare. Elle table également sur une performance du marché boursier beaucoup plus certaine qu’elle ne l’est en réalité.