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Deux choses sont essentielles si l’on veut véritablement élaborer des normes en matière de divulgation d’informations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) qui seront mondialement reconnues : une participation des États-Unis plus importante et des orientations réglementaires plus strictes.

Tel est le consensus général exprimé par les experts qui ont participé récemment au symposium 2020 du Sustainability Accounting Standards Board (SASB), une conférence virtuelle réunissant de grands patrons de firmes d’investisseurs ainsi que d’autres représentants de différents secteurs issus du monde entier.

Les intervenants ont admis que les questions ESG peuvent entraîner des risques matériels pour les investisseurs et que les marchés doivent donc trouver un moyen de mettre ces risques en évidence.

Lors d’un panel sur la divulgation non financière, Erkki Liikanen, le président du conseil d’administration de l’IFRS Foundation, a affirmé que le temps était venu de s’attaquer à la fragmentation des données et des rapports ESG. Selon lui, « nous ne pouvons plus ignorer cet enjeu ».

Lors du même panel, Alain Deckers, de la Commission européenne, a signalé que la prévention de l’écoblanchiment et de la confusion autour des exigences de divulgation est primordiale.

Erik Thedéen, président du groupe de travail sur le financement durable de l’Organisation internationale des commissions de valeurs, a pour sa part énoncé l’hypothèse que la raison pour laquelle l’Union européenne semble être tellement en avance sur le reste du monde sur cette question tient en partie au fait que c’est parce que « les États-Unis sont à la traîne ».

« Les États-Unis n’étant pas de la partie, il est difficile d’envisager une solution mondiale, a-t-il ajouté. Le Japon et l’Europe peuvent bien se mettre d’accord, mais encore faut-il que les États-Unis soient de la partie. »

La communauté mondiale intensifie ses actions, a-t-il constaté, il serait donc encourageant que la nouvelle administration américaine soit aussi « tournée vers l’avenir » que ce qu’elle prétend.

L’ancienne présidente de la Securities and Exchange Commission (SEC), Mary Shapiro, qui animait le panel sur la divulgation non financière, a souligné que le régulateur américain n’avait pas produit de directives sur la divulgation des risques climatiques depuis 2010.

Quant à savoir si l’administration Biden sera un « joueur d’équipe », la panéliste Allison Lee, commissaire de la SEC depuis 2019, a émis l’avis que les questions ESG étant « critiques » il fallait que  « la [SEC] s’engage davantage – et rapidement ».

Ce message rejoint celui qu’elle avait énoncé en janvier dernier lors d’une intervention publique, alors qu’elle avait déploré la façon dont l’agence avait choisi « d’ignorer le défi de la divulgation des risques liés au changement climatique plutôt que d’entamer le difficile processus requis pour y faire face ».

Au cours de la table ronde, Allison Lee a ajouté : « Nous avons beaucoup appris [depuis 2010] sur les risques liés au changement climatique, et il y a eu beaucoup de progrès quant au nombre d’entreprises qui produisent des informations liées au climat ». Une évolution qu’elle a attribuée à la fois aux orientations américaines passées et aux travaux en cours menés par des groupes tels que le Groupe de travail sur les informations financières liées au climat (TCFD) et le SASB.

Concernant l’avenir, Allison Lee estime que « nous avons franchi une sorte de point de bascule en ce qui concerne l’efficacité d’un régime volontaire de divulgation des données ESG. Nous avons de nombreuses demandes spécifiques de la part des investisseurs et des évaluateurs, et les émetteurs produisent pour l’instant des informations qui sont à la fois concurrentes et contradictoires ».

Afin de créer données ESG et financières normalisées et fiables, Allison Lee estime que les régulateurs comme la SEC doivent se coordonner. « Nous pourrions éventuellement intégrer ces données grâce à un effort de divulgation à grande échelle qui reconnaîtrait également, comme le font le TCFD et la SASB, les différences considérables entre les secteurs et les industries. »

Emprunter cette route ne sera pas facile, a-t-elle convenu, mais il y a déjà un travail réglementaire effectué au niveau mondial et cela aidera les États-Unis à rattraper leur retard et à répondre adéquatement à la demande des investisseurs.

Pour tous les marchés, la question qui se demeure toutefois d’actualité est celle de la multiplication des dénominations et des nomenclatures utilisées dans l’espace ESG.

Cela « crée des problèmes auprès des émetteurs, des préparateurs [de rapports financiers] et des investisseurs », a souligné Alain Deckers. Même le terme de « divulgation non financière » a récemment été remis en question, car il semble dissocier les questions ESG et leur impact financier.

Lors de la discussion principale de la conférence, la présidente et directrice générale du CFA Institute, Margaret Franklin, et le président et directeur général de State Street Global Advisors, Cyrus Taraporevala, ont d’ailleurs insisté sur le fait que la confusion persistante autour des normes du secteur ne fera qu’« ouvrir des portes à ceux qui ne croient pas aux questions ESG ».

Néanmoins, Cyrus Taraporevala identifie trois tendances encourageantes, soit : la prise de conscience de la corrélation croissante entre les risques et les performances ESG; l’augmentation des connaissances des investisseurs et l’implication accrue des régulateurs comme la SEC.