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Le plus récent rapport d’Ernst & Young dresse un portait peu reluisant de la gestion des sommes investies à Quadriga Fintech Solutions Corp. La première Bourse de cryptomonnaie canadienne aurait servi d’outil de spéculation pour le fondateur Gerald Cotten, aujourd’hui décédé.

Quadriga avait fait parler d’elle après le décès de son fondateur, lorsqu’il était apparu que des dizaines de millions de dollars investis par ses clients, dont plusieurs Québécois, n’étaient plus accessibles. Selon la veuve de Gerald Cotten, lui seul connaissait la clé de chiffrement permettant d’accéder à plus de 190 millions de dollars en cryptomonnaies.

À l’époque, la firme devait 190 millions de dollars en cryptomonnaies et 70 millions en espèces à environ 115 000 utilisateurs. Seulement 33 millions de dollars d’actifs ont été récupéré par Ernst & Young. Selon de nouveaux calculs de cette dernière, Quadriga doit aujourd’hui 74,1 millions de dollars en espèces et 140,4 millions de dollars en cryptomonnaies, peut-on lire sur Bloomberg.

GIGANTESQUE FRAUDE

Le dernier rapport de cette firme semble montrer que Gerald Cotten a en fait opéré une énorme fraude pendant des années, indiquent Les Echos. L’argent et une partie des cryptomonnaies des clients ont été transférés sur des comptes personnels de M. Cotten et sur d’autres plateformes entre 2016 et 2019.

Celui-ci est soupçonné d’avoir spéculé pour son propre compte, sans grand succès puisqu’il aurait perdu de fortes sommes dans des transactions risquées. Les Echos évoquent la possibilité qu’il ait tenté de manipuler les cours de certaines cryptomonnaies. De 2016 à 2019, 9 450 bitcoins, 387 738 ethereum et 239 020 litecoins ont été transférés de Quadriga vers des comptes de négociants sur des Bourses concurrentes.

« Des montants importants de cryptomonnaies ont aussi été transférés à des détenteurs de portefeuilles que nous n’avons pas pu identifier », souligne le rapport. Le fondateur a permis à certains clients de s’enregistrer sur la plateforme sans fournir leur identité ni informations « KYC » ou « Know Your Client » (informations légales à fournir pour lutter contre le blanchiment).

PAS DE CONTRÔLE

La firme comptable déplore le fait que la plateforme Quadriga agissait sans contrôles internes ni ségrégation de fonds entre la Bourse et ses clients. Sa comptabilité était rachitique.

Cela aurait facilité les détournements de fonds de Gerald Cotten, qui aurait toutefois souffert de la chute des cours des cryptomonnaies à partir de 2018. L’enquête et les tentatives pour repérer et surtout récupérer les sommes liées à cette fraude se poursuivent.