Trajectoire différente
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La structure oligopolistique de l’industrie de la gestion d’actif canadienne freine l’innovation et encourage le statu quo, déplore un gestionnaire de portefeuille dans les pages du Financial Post.

Plus de 90 % des investisseurs canadiens confient la gestion de leur argent à l’une des cinq grandes banques du pays, alors qu’aux États-Unis, seulement 35 % des épargnants font affaire avec l’une des cinq plus grandes banques américaines pour leurs besoins en gestion de patrimoine, écrit Martin Pelletier, gestionnaire de portefeuille pour la firme de gestion de placement TriVest Wealth Counsel, basée à Calgary.

Pour démontrer le retard qu’ont les institutions financières canadiennes dans la course à l’innovation, il prend l’exemple des fonds négociés en Bourse (FNB). Bien que le tout premier FNB ait été créé par la Bourse de Toronto en 1990, les principales banques canadiennes ont mis 20 ans avant de se lancer dans ce marché. La première à le faire, la Banque de Montréal, a attendu à 2009. Elle a été suivie par RBC Gestion mondiale d’actif en 2011, puis Gestion de placement TD en 2016. La Banque Scotia, CIBC et la Banque Nationale ont quant à elles lancé leur premier FNB cette année.

Selon Martin Pelletier, les banques ont tardé à offrir des FNB pour protéger le très lucratif marché des fonds communs de placement. Le gestionnaire de portefeuille fait le parallèle avec les entreprises de télécommunication qui verrouillaient les téléphones qu’ils vendaient avec des forfaits mensuels très coûteux. Ils n’ont changé leur pratique que lorsque les consommateurs ont commencé à se rebiffer.

UN SYSTÈME DE DISTRIBUTION CONTRÔLÉ PAR LES BANQUES

Les gestionnaires d’actif indépendants ont été davantage touchés par la popularité grandissante des FNB. Ils n’ont eu d’autres choix que de comprimer leurs marges de profit pour offrir des produits moins coûteux. Les banques, elles, ont été protégées en raison de la mainmise qu’ils exercent sur les canaux de distribution au pays.

« Ironiquement, les banques se servent aujourd’hui des perturbations dans l’industrie pour accroître leurs parts de marché en faisant l’acquisition de firmes indépendantes », écrit Martin Pelletier. Il cite notamment l’achat de Greystone Managed Investments par TD et de Jarislowsky Fraser par Scotia.

Le problème, croit-il, c’est que ces acquisitions ne permettent de réaliser aucun changement dans le système de distribution des produits financiers au Canada. Même si les investisseurs canadiens ont accès à une offre de fonds gérés par des firmes indépendantes, ceux-ci sont encore dépendants du modèle de distribution des grandes banques.

Une solution possible pour réellement favoriser l’innovation dans le marché de la gestion d’actif au pays serait, selon Martin Pelletier, qu’un joueur indépendant fasse l’acquisition de nombreuses petites firmes de gestion de patrimoine et qu’il se concentre sur un modèle de relation directe avec la clientèle, de façon à court-circuiter les canaux de distribution des banques.

« Nous savons qu’un consolidateur américain est très actif sur le marché canadien et que quelques grandes firmes indépendantes tentent d’accroître leurs parts de marché, mais nous n’avons pas encore constaté de véritable vague de changement au pays, du moins par encore », souligne-t-il.