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Photo : Jerome Cid / 123RF

Trois mois après l’annonce que les données personnelles de près de trois millions de ses membres ont été dérobées, Desjardins se veut rassurant, rapporte La Presse.

« La crise est derrière nous. Depuis un mois, on vit un retour à la normale et on n’a enregistré aucune hausse de fraude ou de vol d’identité », affirme le PDG du Mouvement dans une entrevue publiée mardi par le quotidien montréalais.

Interrogé sur le bilan qu’il dresse de cet événement sans précédent au pays, Guy Cormier souligne que la situation est aujourd’hui très différente de ce qu’elle était au début de la crise.

« On voit une grosse différence par rapport à ce que nous avons vécu cet été. Dès le début, on a mis sur pied des mesures pour rassurer nos membres en offrant notamment le service Equifax à ceux qui ont été victimes d’un vol d’identité. (…) On a aussi mis en place la Protection Desjardins, qui assure le remboursement intégral à tous nos membres de tous les frais relatifs aux démarches visant à restaurer leur identité, jusqu’à concurrence de 50 000 dollars. Cette mesure a réduit de beaucoup leur inquiétude. Mais dans les faits, il ne s’est rien passé. On n’a pas enregistré de hausse des fraudes par carte de débit ou de crédit. On n’a pas non plus observé une hausse des vols d’identité reliée au vol des données de nos 2,9 millions de membres. »

DES EMPLOYÉS MOBILISÉS 

À propos des répercussions du vol massif de données réalisé par l’un de ses employés, le patron de l’institution financière reconnaît qu’il a causé des dégâts.

« Nos membres ont été ébranlés, c’est certain. On en a aussi perdu, mais nos 45 000 employés se sont tellement mobilisés pour répondre à la crise qu’on a été en mesure de réduire considérablement les dommages », indique-t-il.

Ajoutant que cette mobilisation est sa plus grande fierté, le patron de la coopérative financière souligne que « des retraités de Desjardins sont venus spontanément nous prêter main-forte en succursale ou se sont déplacés dans des maisons de personnes âgés pour aller rassurer nos membres ». Au bout du compte, soutient-il, « on se retrouve aujourd’hui avec 16 000 membres de plus qu’à pareille date l’an dernier », ce qui prouve que ses fidèles « n’ont pas laissé tomber le Mouvement ».

Guy Cormier admet cependant que l’annonce du piratage de données lui a fait l’effet d’« un coup de massue ». « Tu ne t’attends pas à ça, on investit 70 millions par année dans la sécurité. Mais que ce vol soit le fait d’un employé, j’ai vécu cela comme une immense trahison. Immédiatement, on a mis en place une cellule de crise », raconte le dirigeant. Avec, entre autres, la collaboration de l’Autorité des marchés financiers, du Surintendant des institutions financières, des ministres des Finances Bill Morneau et Éric Girard, ainsi que du Commissaire à la vie privée.

« On a mobilisé nos employés, qui ont répondu de façon incroyable. Cet été, 3 000 personnes ont consacré tout leur temps à répondre aux questions des membres. Des employés administratifs sont allés dans les caisses pour les rencontrer, on a ajouté 1 500 agents qui provenaient de nos divisions d’assurance de dommages et d’assurance vie à notre centre d’appel AccèsD. Au plus fort de la crise, nos temps de réponse variaient entre cinq secondes et cinq minutes. Il fallait rassurer les gens, leur expliquer que le vol d’identité n’était pas un vol de données qui allait se traduire par une fraude, on leur a aussi expliqué les mesures d’indemnité qu’on avait mises en place. »

LA CRÉDIBILITÉ DU MOUVEMENT PAS AFFECTÉE

Selon Guy Cormier, le vol de données n’a toutefois « absolument pas » affecté la crédibilité de l’institution financière qu’il dirige. Au point que celle-ci vient juste de réaliser une émission d’obligations en dollars américains aux États-Unis. « On visait une émission de 500 millions, et l’offre a été trois fois plus élevée que prévu. On a finalement émis pour un milliard américain d’obligations. Et dans le même temps, les agences de notation ont maintenu notre cote d’emprunt au même niveau », se félicite le PDG.

Guy Cormier se dit par ailleurs satisfait des réactions des autres institutions financières à l’annonce que la coopérative avait été victime d’un acte de malveillance de la part d’un employé. « Il n’y a pas eu de petite concurrence ni de mesquinerie. Personne n’a fanfaronné ou cherché à en tirer parti. Mes pairs m’ont tous dit que la même situation aurait pu leur arriver. Plusieurs de nos concurrents nous ont même demandé conseil par rapport aux mesures qu’on avait mises en place.

Enfin, sur un plan plus personnel, le dirigeant reconnaît que la crise a été assez éprouvante. « Les journées commençaient à 6 h et se terminaient à 23 h, six ou sept jours par semaine. Chaque matin, on avait une réunion de notre cellule de crise où on passait tout en revue. Personne n’a pris de vacances de tout l’été. On a repris un rythme plus normal depuis le 15 août. Le nombre d’appels a diminué considérablement. On reprend maintenant le cours de nos activités. Mais je ne souhaite surtout pas que la poussière retombe sur cette crise. À l’ère du 5G, de l’internet des objets, de la connectivité, il n’est pas normal que l’identité des citoyens repose encore sur le seul numéro d’assurance sociale. Il faut développer une identité numérique. »

Vif succès des actions de Capital régional et coopératif Desjardins

Les nouvelles actions de Capital régional et coopératif Desjardins (CRCD) ont le vent en poupe. Au point que, cette année encore, la demande a dépassé l’offre, c’est-à-dire le plafond de 140 millions de dollars fixé par le gouvernement du Québec. Au terme de la période de présouscription de CRCD tenue entre les 3 et 23 septembre, quelque 56 538 personnes ont ainsi rempli une demande pour un montant total de 165 686 600 dollars, ce qui représente une moyenne de 2 930 dollars par investisseur (soit 70 dollars de moins que le montant maximum de 3 000 dollars autorisé).

Au total, ce sont donc 47 720 contribuables québécois qui pourront profiter du crédit d’impôt provincial de 35 %, précise Desjardins dans un communiqué diffusé lundi.

SÉLECTION ALÉATOIRE

« Conformément au prospectus approuvé par l’Autorité des marchés financiers, une sélection aléatoire a eu lieu vendredi dernier, sous la supervision du Bureau de la Surveillance du Mouvement Desjardins, afin de déterminer les investisseurs qui pourront se procurer des actions. Toutes les personnes ayant rempli une demande seront avisées par courriel ou par lettre, à compter d’aujourd’hui [lundi 30 septembre]. L’ensemble des investisseurs sélectionnés auront jusqu’à 20 h le 8 novembre pour compléter leur souscription en ligne », détaille la coopérative financière.

CRCD ajoute que, « advenant des désistements, les prochains investisseurs figurant sur la liste dressée vendredi de manière aléatoire seront à leur tour contactés à compter du 14 novembre jusqu’à l’épuisement complet du montant autorisé de l’émission ».