Photo : 123RF

L’Institut C. D. Howe propose de faire passer la limite de cotisation au REER de 18 à 30 % des revenus annuels de l’année précédente. Le plafond actuel ne tiendra pas compte de l’allongement de la vie et de la chute des rendements.

Passée date, injuste, inéquitable en comparaison des fonds de pension à prestations déterminées : le rapport rédigé par le PDG de l’Institut, William Robson, écorche férocement la limite actuelle de cotisations au REER. Selon l’auteur, l’allongement de la vie, mais surtout le rendement sur les placements convenant à un plan d’épargne-retraite ont augmenté considérablement le coût de l’atteinte des cibles de revenu à la retraite. Or, le programme actuel de REER n’en tiendrait pas compte et continuerait de fonctionner sur les bases développées au début des années 1990. Ses conclusions sont notamment étayées dans le Financial Post.

UNE HYPOTHÈSE DÉPASSÉE

Présentement, la limite de cotisation est fixée à 18 % des revenus de l’année précédente (hors revenus d’investissement ou de retraite), jusqu’à un maximum de 26 010 dollars pour 2017. La partie non utilisée peut toutefois être reportée aux années suivantes. Cette limite de 18 % est basée sur le « Facteur Neuf ». Celui-ci pose le postulat d’un programme de pension à prestations déterminées hypothétique, dans lequel épargner neuf pour cent des revenus annuels d’un employé permet à un individu de s’acheter une rente de retraite équivalant à un pour cent de ses revenus de travail. Le membre d’un programme de pension à prestations déterminées peut légalement accumuler dans un abri fiscal (REER) une rente maximale de deux pour cent de ses revenus de l’année, ce qui lui permettra d’accumuler, sur 35 ans, un revenu de retraite équivalent à 70 % de ses revenus de travail.

Ainsi, le « Facteur Neuf » limite les cotisations à des REER et à des programmes de pension à contributions déterminées à 18 % des revenus par année (9 x 2 %). Cette règle ne serait plus adéquate aujourd’hui, selon l’Institut CD Howe. Le fameux programme de retraite hypothétique ne correspondrait plus aux programmes actuellement en vigueur chez la plupart des employeurs. La longévité de la vie et les retours moins importants sur plusieurs éléments d’actifs financiers signifient que les travailleurs doivent épargner beaucoup plus pour leur retraite.

ÉPARGNER SEUL

De plus, les individus qui cotisent à un REER ne peuvent partager le risque entre plusieurs épargnants, comme c’est le cas dans un régime de retraite collectif. En cas de correction du marché, c’est à eux que revient l’obligation de renflouer leur REER pour couvrir leurs pertes. Dans un régime de retraite à prestations déterminées, les pertes doivent être comblées par l’employeur, puisque c’est lui qui investit l’argent.

RÉÉQUILIBRAGE MAJEUR

William Robson propose de hausser le plafond de contribution au REER à 30 % ou même plus.

Afin de favoriser ceux qui veulent augmenter leurs cotisations plus tard dans leur vie, il conseille aussi de remplacer une limite annuelle par un régime de report d’impôt plus flexible. Par exemple, la portion non utilisée des cotisations au REER pourrait être indexée d’année en année en fonction de l’inflation. La limite de cotisations pourraient aussi être fixée sur toute la période de la vie, plutôt qu’annuellement.

Des réformes fondamentales, qui selon lui rendraient le régime plus équitable pour l’ensemble des citoyens.

LA RETRAITE N’EST PLUS CE QU’ELLE ÉTAIT

Plusieurs experts ont émis leur vision de la retraite et de l’investissement dans l’épargne-retraite lors du récent Franklin Templeton’s Retirement Innovation Summit, à Toronto, rapporte The Montreal Gazette.

Premier constat : la retraite n’est plus ce qu’elle était. Les travailleurs sont nombreux à retarder la fin de leur carrière, à y mettre progressivement fin ou à effectuer des retours au travail. Certes, la crainte de manquer d’argent joue pour certains, mais dans la plupart des cas ce serait par choix.

Sur le plan financier, l’allongement de la vie augmente les cibles d’épargne-retraite à atteindre, alors même que les faibles taux d’intérêt diminuent les rendements de plusieurs éléments d’actifs financiers. Le passage de régimes de retraite à prestations déterminées à des régimes de retraite à cotisations déterminées oblige aussi les travailleurs à compenser en investissant eux-mêmes une partie de leur revenu.

Franklin Templeton leur suggère de délaisser un peu les titres qui ont connu une forte croissance, mais qui coûtent très cher, comme Facebook, Amazon ou Google, au profit d’actions de valeur moins « sexy ». Les actions non américaines de valeur, en particulier, offrent présentement des opportunités d’acheter à bon prix. Bien que depuis huit ans les actions de valeur n’aient pas offert les rendements espérés, elles ont historiquement mieux fait que les actions de croissance 85 % du temps.

De son côté, Ed Perks, directeur en chef des investissements de Franklin Advisers, soutient que les marchés européens, japonais et émergents sont trop délaissés, tout en admettant qu’il est trop tôt présentement pour sous-pondérer les actions américaines dans un portefeuille.