C’est ce qu’entrevoit, entre autres perspectives, Benjamin Tal, économiste en chef adjoint, CIBC.

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« Il faut bien sûr commencer par discuter de la guerre entre le virus et l’économie. Nous sommes dans une situation où l’OMS s’inquiète de venir à court de lettres grecques pour nommer les nouveaux variants. La possibilité d’autres vagues est une réalité avec laquelle nous devons vivre », souligne Benjamin Tal.

L’expert pense que 2022 sera l’année où l’on passera de la pandémie à l’endémie, c’est-à-dire que nous devrons coexister avec le virus. Alors seulement pourra survenir la croissance que l’on avait promise en 2021, mais qui a été repoussée par l’arrivée du variant Delta. Selon lui, ce moment se produira vers l’été. Il prévoit ainsi à une croissance de 4 % pour 2022 au Canada, en grande partie alimentée par la consommation, mais aussi par les entreprises qui ont actuellement 300 milliards de liquidités excédentaires et finiront bien par les réinvestir. Cela conduira également à une amélioration de la productivité qui a baissé depuis quelques années.

« Nous nous attendons à voir les consommateurs et les entreprises dépenser pour compenser la fin du soutien par les gouvernements, qui jusqu’ici étaient seuls à propulser la croissance », résume Benjamin Tal.

« Du côté de l’emploi, les chiffres sont déjà revenus à leurs niveaux de 2019, mais c’était il y a 18 mois, et dorénavant nous avons besoin de 250 000 emplois supplémentaires. Le fait que les gouvernements cessent leurs programmes d’aide va contribuer à accélérer les créations d’emplois, surtout parmi les jeunes qui gagnent des salaires plus bas. Jusqu’ici, beaucoup étaient restés à la maison avec l’argent des gouvernements », poursuit-il.

Bien sûr, on ne peut dresser de perspectives économiques pour 2022 sans parler de « l’éléphant dans la pièce » : l’inflation.

« Personne ne peut dire où l’inflation sera dans six ou huit mois, ni la Banque du Canada, ni la Réserve fédérale (Fed), ni personne. Tout ce que l’on peut faire est d’observer les sources des pressions inflationnistes. Il y a d’abord les salaires, et cela va être le cas pour un moment. Une autre source va être la hausse de la demande. Et il va aussi y avoir les enjeux de la chaîne d’approvisionnement », prédit Benjamin Tal.

Il note que la forte hausse de la demande sur une courte période a créé une onde de choc, particulièrement dans les secteurs des biens durables. En conséquence, les prix ont déjà bien grimpé et la trajectoire de l’inflation semble désormais bien plus élevée que les cibles de 2 % de la Banque du Canada et de la Fed, qui pourraient être tentées d’augmenter leurs taux d’intérêt en réaction.

« Le marché s’attend à voir la Banque du Canada hausser ses taux pas moins de six fois en 2022 et une fois de plus en 2023. C’est un changement énorme, car jusqu’à récemment, les gens parlaient d’une hausse en 2023. Je ne suis pas certain que le marché voie juste, car monter les taux six fois en une année constitue un ajustement très substantiel de la politique monétaire. Je ne suis pas sûr que la Banque du Canada va procéder ainsi, car lorsque l’on agit trop vite, on peut faire dérailler l’économie. L’ennemi n’est pas les hausses de taux, mais les hausses de taux rapides ! », prévient-il.

L’économiste prévoit plutôt six hausses de taux de façon plus progressive : trois fois en 2022 et trois fois en 2023.

« On va probablement se diriger vers 2 à 2,5 % dans un contexte où l’inflation devrait demeurer au-dessus des 3 % l’année prochaine, mais redescendre à 2 ou 2,5 % en 2023. »

Ce texte fait partie du programme Gestionnaires en direct, de la CIBC. Il a été rédigé sans apport du commanditaire.