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Les multinationales du Web ont acquis un tel pouvoir qu’elles représentent désormais un danger potentiel pour les citoyens et il est grand temps de mieux encadrer leurs activités, estime Claude Gagnon.

Cité par l’Agence QMI, le président des opérations de BMO Groupe financier au Québec a déploré mardi le fait que le secteur de l’intelligence artificielle soit trop peu encadré, ce qui laisse, selon lui, le champ libre à un risque de dérives en matière de libertés individuelles. Il s’en est notamment pris aux fameux GAFA, cet acronyme qui désigne Google, Apple, Facebook et Amazon.

« Les gens ne réalisent pas à quel point les entreprises sont capables d’accumuler des données personnelles. Il faut être très prudent », a souligné le dirigeant après une conférence prononcée devant les membres de la Chambre de commerce de Québec. Selon lui, il faut blâmer la faiblesse de la réglementation dans le domaine de l’IA, ce qui permet aux géants du Web d’« enregistrer, compiler et vendre le moindre de nos mouvements, de nos achats et de nos clics » sur Internet, et ce, sans tenir aucun compte du respect de la vie privée et de l’éthique.

VERS LA CRÉATION DE SERVICES FINANCIERS PARALLÈLES

Le patron de BMO au Québec croit cependant que l’IA, qui est actuellement développée dans les laboratoires de la Silicon Valley, représentera une véritable révolution technologique, qu’il faudra surveiller au cours des prochaines années. « Il y a dans cette révolution un potentiel extraordinaire. Mais il faut l’encadrer au plus vite. Les données vont devenir une ressource. À qui elles appartiennent? On doit légiférer à ce sujet », a-t-il insisté.

QMI souligne que ces attaques du président de BMO surviennent au moment où les multinationales du Web évoquent de plus en plus souvent la possibilité de créer des services financiers parallèles au circuit traditionnel en investissant d’énormes montants dans des start-up fintech. Rien qu’aux États-Unis, rappelle l’agence de presse de Québecor, plus d’un millier de petites entreprises travaillent ainsi aujourd’hui à développer des applications technologiques destinées spécifiquement au secteur financier.

Google, Apple, Facebook et Amazon, entre autres, ont d’ailleurs déjà commencé à travailler avec certains acteurs clés de l’industrie financière, tels Goldman Sachs et JP Morgan, en vue de mettre au point des produits financiers qui seront proposés au grand public sur leurs plateformes respectives. À ce propos, QMI rappelle qu’au Canada, chez nos voisins du Sud et sur le Vieux Continent, les dirigeants des principales banques et compagnies d’assurances réclament une intervention des pouvoirs publics afin de mieux encadrer le secteur et freiner ainsi l’arrivée des géants du Web dans leur industrie.

LES CRITIQUES DU PUBLICITAIRE FRANÇAIS JACQUES SÉGUÉLA

Dans une chronique publiée mercredi sur le site d’information Trends-Tendances, Amid Faljaoui abonde dans ce sens en commentant le dernier livre du célèbre publicitaire français Jacques Séguéla. Sous le titre « À force de numériser le monde, nous finirons par être des numéros », le chroniqueur économique relève que le publiciste juge que les géants du Web sont en train de prendre trop de place dans nos vies et nos économies.

Jacques Séguéla ayant le sens de l’humour, il commence son ouvrage avec un faux courriel, qu’il dit avoir reçu d’un ami, ainsi libellé : « Comme je n’ai pas Facebook, j’essaye de me faire des amis en dehors du vrai Facebook, mais en appliquant les mêmes principes. Tous les jours, je descends dans la rue et j’explique aux passants ce que j’ai mangé, comment je me sens, ce que j’ai fait la veille, ce que je suis en train de faire, ce que je vais faire demain. Je leur donne des photos de ma femme, du chien, de mes enfants, de moi en train de laver ma voiture, de ma femme en train de coudre. J’écoute aussi les conversations et leur dis : ‘j’aime’. Et ça marche, il y a déjà quatre personnes qui me suivent : deux policiers, un psychiatre et un psychologue ».

Paraphrasant le publicitaire français, Amid Faljaoui prédit qu’« à force de numériser le monde, nous finirons par être des numéros ». Sa crainte? « La machine nous a libéré de l’esclavage, gardons-nous qu’à son tour, elle nous réduise en esclaves. »