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Le bêta intelligent, vous connaissez. Et l’investissement durable aussi. Mais qu’en est-il de la durabilité intelligente? Nos confrères d’Advisor posent la question.

« Nous assistons à une croissance de la demande en bêta intelligent d’une part, et en investissement ESG [environnement, social et gouvernance] d’autre part, confie Tony Campos, responsable ESG, Amériques à FTSE Russell. Mais aussi en bêta intelligent et ESG combinés. »

S’il admet qu’il existe encore une certaine confusion autour des stratégies d’investissements prenant en compte tant les bêtas intelligents que la durabilité, il note que la dernière enquête de Russell – qui s’intéresse aux détenteurs d’actif institutionnel nord-américain et européen – indique « qu’il y a une demande claire des propriétaires d’actif, intéressés par ou ayant déjà utilisé les bêtas intelligents et investi dans des produits ESG ».

Et ce, surtout chez les propriétaires d’actif qui gèrent plus de 10 milliards de dollars.

NOUVELLES APPROCHES

Il serait en fait logique de marier ces deux concepts puisque tout deux embrassent des règles différentes de ce qui a toujours été fait dans le domaine de la gestion active.

Les bêtas intelligents sont des stratégies fondées sur des règles ou des facteurs permettant d’améliorer le rendement ou de modifier le risque d’un portefeuille indiciel traditionnel. Elles partent du principe que l’approche axée sur la capitalisation boursière retenue actuellement par la plupart des indices est inefficace, car elle privilégie les titres surévalués au détriment des titres sous-évalués.

Même chose du côté des produits ESG, puisque ceux-ci sont composés de titres qui jusque-là n’étaient pas considérés comme les plus performants et donc délaissés par l’industrie traditionnelle.

Or, environ 17,7 milliards de dollars sont investis à l’échelle mondiale dans 140 ETF orientés ESG, selon les données de l’ETFGI. La majorité de ces fonds sont multisectoriels mais certains sont thématiques et se concentrent spécifiquement sur l’énergie propre, les changements climatiques, l’eau ou la mixité, par exemple.

La bonne nouvelle, c’est que cela devient plus facile de vanter les mérites de ces fonds en termes de rendement puisque les produits ESG ont maintenant un historique assez long pour être comparables aux fonds réguliers.

Selon le sondage smart beta de FTSE Russell, près de la moitié (44 %) des investisseurs institutionnels interrogés considèrent aujourd’hui l’ESG pour des raisons de performance. Une hausse de 13 % par rapport à 2017. Auparavant, ils voyaient plutôt ce secteur comme un moyen de gérer les risques.

C’est parce que l’investissement durable est aujourd’hui regardé comme un produit rentable qu’il devient intéressant de le coupler avec la stratégie de bêta intelligent.

SURPONDÉRATION/SOUS-PONDÉRATION

Tony Campos explique que l’obstacle sera de trouver des moyens de discuter avec les clients de la façon dont les deux concepts fonctionnent et comment les combiner.

Par exemple, illustre-t-il, le bêta intelligent ne conseillera pas forcément d’exclure totalement les titres liés au pétrole. Le client devra donc comprendre la différence entre le désinvestissement total dans un secteur et une pondération différente, permettant de respecter les critères ESG sans exclure totalement tout un pan du marché.

« Le défi du conseiller est de décrire la nuance entre la surpondération et la sous-pondération, insiste-t-il. Le client doit passer d’une approche ESG d’exclusion à une approche plus inclusive, ce qui donne aux gestionnaires plus d’options en termes de résultats d’investissement. »

Cette approche combinée va ainsi toucher aux valeurs de l’investisseur comme à son besoin de faire fructifier son argent. Le terrain est encore neuf et les réponses pas toujours claires. Aux conseillers de faire leur recherche, de surveiller les tendances et d’encourager les clients à être ouverts sur leurs valeurs et leurs objectifs d’investissement.