Calculatrice et courbe de rendement.
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La pandémie crée des changements profonds qui remettent en question nos modèles d’évaluation des actifs, croit Natalie Taylor, gestionnaire de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC.

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« Le marché baissier a peu changé nos processus d’investissement : nous cherchons toujours des entreprises de haute qualité avec des modèles d’affaires durables dont les titres s’échangent à des prix raisonnables. La question des liquidités est devenue très importante : il faut s’assurer que les entreprises puissent survivre à la crise sans trop de dommages pour leurs actionnaires. Mais les gouvernements et les banques se sont assurés de maintenir un haut niveau de liquidités dans le système », observe-t-elle.

Ce qui change, par contre, ce sont nos paradigmes en tant que citoyens et consommateurs et leurs conséquences pour l’économie de demain.
« Toutes les assomptions précédentes doivent être remises en question et de nouvelles tendances doivent être identifiées. Est-ce que beaucoup d’entre nous vont travailler de la maison dorénavant? Qu’arrivera-t-il alors aux espaces de bureau? Rejetterons-nous la densité et l’urbanisation en faveur de la vie en banlieue? Les chaînes d’approvisionnement deviendront-elles plus locales afin de garantir l’accès aux produits essentiels? Verra-t-on un renversement des dépenses dans les choses plutôt que dans les expériences? Ces changements comportementaux auront beaucoup de répercussions sur les perspectives des entreprises, rendant obsolètes nos mesures d’évaluation habituelles », suggère Natalie Taylor.

La seule certitude est que personne n’a de réponse définitive à ces questions.

DES PRÉVISIONS

« Face au large éventail de situations possibles, l’analyse de scénarios et le test de résistance sont des outils très utiles à l’heure actuelle. Puisqu’il est impossible de savoir comment la crise se résoudra, Il est plus constructif de penser en termes de probabilités. Les observateurs ont toutes sortes de prévisions sur la forme de la courbe de croissance à venir : V, U, L, W… Même un retour en arrière est envisagé. On verra certainement divers degrés de reprise selon les secteurs, en fonction de leurs phases de réouverture, de leurs besoins de revenus et de leur habilité à maintenir les distances sanitaires », dit Natalie Taylor.

« Étonnamment, les restaurants, les salles d’entraînement et les boutiques sont parmi les premières entreprises dont on évoque la réouverture aux États-Unis, avec certaines précautions de capacité et d’assainissement. Les manufacturiers peuvent mettre en place une distanciation, mais il sera très coûteux et complexe d’arrêter et de redémarrer la production à nouveau en cas de seconde vague d’infections. Les travailleurs de bureaux pourront continuer de travailler à la maison et seront sûrement les derniers à retourner dans leurs lieux de travail », observe la gestionnaire de portefeuille.

En ce début mai, certaines économies en sont encore à un stade précoce de réouverture et il faudra laisser passer deux ou trois semaines pour en voir les résultats sur la pandémie, croit-elle. Dans tous les cas, les secteurs qui dépendent de la circulation automobile seront les premiers à rebondir quand l’économie rouvrira, surtout si les gens préfèrent prendre leur auto que les transports en commun, aidés par l’essence à bon marché.

Selon Natalie Taylor, les déplacements routiers vont se substituer aux voyages aériens dans les prochains mois, tant pour les loisirs que le travail. Des entreprises canadiennes comme Alimentation Couche-Tard ou la chaîne de garages Boyd Group Services pourraient profiter de cette circulation accrue, poussant ainsi leurs titres à la hausse.

L’experte recommande également des titres sur lesquels les effets de la COVID-19 ont été surestimés par le marché et qui s’échangent donc à rabais. Elle cite la saskatchewanaise Nutrien, qui prévoit davantage d’acres ensemencés en 2020 après une dure année 2019 : son titre a souffert même si « l’agriculture a un chevauchement limité avec les cycles économiques », dit-elle.

Les titres technologiques, grands gagnants depuis le début de la crise, sont en revanche surévalués, selon Natalie Taylor, de même que les épiciers : les gens cessent d’accumuler des vivres en panique et les hausse des coûts de ces entreprises ne se reflètent pas dans leurs titres.

DES SECTEURS DÉSAVANTAGÉS

Les grands perdants, bien évidemment, sont le tourisme, le voyage et les loisirs.

« Ces secteurs sont au cœur de la crise : les transporteurs aériens, les opérateurs de croisières et les hôtels ont connu des baisses impressionnantes de 60 à 80 %. Même quand les frontières ouvriront de nouveau, la demande prendra du temps à revenir et d’importantes dépenses en assainissement et en distanciation seront nécessaires pour redonner aux gens la confiance nécessaire pour voyager », dit Natalie Taylor.

« Les secteurs pétroliers et gaziers prendront aussi du temps à rebondir. Le déclin de la demande mondiale combinée à l’offre excédentaire va faire pression sur les prix pour un bon moment. De plus, les perspectives pour le pétrole à long terme sont plutôt sombres dans un monde de plus en plus soucieux des changements climatiques, où les capitaux fuient l’industrie et les gouvernements sont critiqués pour l’avoir soutenue », poursuit l’experte.

« Enfin, les détaillants vont aussi souffrir de l’adoption accélérée du commerce électronique dans le contexte de la pandémie. Il faut s’attendre à une série d’annonces de mises en faillite. Les fonds d’investissement immobilier engagés dans la vente au détail vont aussi subir des pressions face à un achalandage anémique et un taux croissant d’inoccupation. »