La PDG de Fondaction, Geneviève Morin
Photo : Fondaction

Geneviève Morin agit officiellement à titre de PDG de Fondaction depuis le 6 janvier. Elle souhaite augmenter la notoriété du fonds auprès des Québécois et déboulonner certains mythes. 

Geneviève Morin a été associée à Fondaction presque sans arrêt depuis les débuts de ce fonds de travailleurs, en 1996. Elle y a notamment occupé les postes de directrice finance et développement corporatif, de chef de la direction financière et du développement corporatif, et enfin de chef de l’investissement, un emploi qu’elle avait quitté en février 2019.

Avant sa nomination, elle était PDG d’Anges Québec Capital. Elle détient un MBA en finance de HEC Montréal ainsi qu’un baccalauréat en sciences économiques de l’Université Concordia.

« Je suis vraiment fière de prendre la tête d’une organisation que j’aime, que j’ai contribué à bâtir et que je souhaite amener encore plus loin », a-t-elle confié, en entrevue avec Conseiller. 

UN DÉFICIT DE NOTORIÉTÉ

Elle juge que Fondaction reste encore un secret un peu trop bien gardé et entend travailler à l’augmentation de sa notoriété. Elle veut faire connaître l’expertise développée pour effectuer des investissements responsables qui tiennent compte des dimensions économiques, sociales et environnementales, mais aussi dans l’investissement d’impact, qui a des retombées positives.

Un savoir-faire qui continue d’ailleurs de se bonifier. Fondaction s’est engagé dans le combat contre les changements climatiques ces dernières années. Le financement de projets dans ce domaine a permis d’éviter l’émission de plus de 935 000 tonnes équivalent CO2 du 1er juin 2018 au 31 mai 2019. Cela revient à éliminer la présence de 250 000 voitures sur les routes en un an!

L’organisation a également mis en place en 2017 le fonds Inlandsis, pour lequel elle a reçu le prix EnviroLys du Conseil des entreprises en technologies environnementales du Québec (CÉTEQ) l’an dernier. Avec la collaboration de Coop Carbone, Inlandsis finance des initiatives de réduction d’émission de gaz à effet de serre (GES). 

Fondaction s’engage aussi de plus en plus dans l’agroalimentaire, auprès du créneau d’excellence AgroBoréal et dans les villes et communautés durables à titre d’exemples. Il appuie notamment Groupe C. Laganière, qui a racheté en 2017 le terrain de Shell à Montréal-Est et Anjou. Une fois décontaminés, ces espaces pourront accueillir des projets industriels ou commerciaux.

UN MYTHE À DÉBOULONNER

L’autre cible de Geneviève Morin est le mythe tenace qui laisse penser que l’on doit choisir entre gains financiers ou rendement social et environnemental. « Les deux vont de pair, croit-elle. Par exemple, ce sont les entreprises qui ne s’adaptent pas au changement climatique et qui n’améliorent pas leurs procédés qui auront des ennuis et qui représentent des risques pour les investisseurs. »

Dans ses résultats publiés le 16 janvier dernier, Fondaction affiche un rendement à l’actionnaire de 7,0 % pour la période du 30 novembre 2018 au 30 novembre 2019 et de 4,3 % pour le semestre se terminant le 30 novembre 2019. Cela a fait augmenter la valeur de l’action à 12,67 dollars. Fondaction détenait à ce moment un actif net de 2,4 milliards de dollars, en hausse de 9,1 % par rapport au 31 mai 2019.

Fondaction est restreint par le plafond de souscriptions qui lui est imposé par le gouvernement. Pour l’exercice 2019-2020, le fonds a limité à 280 millions de dollars les nouvelles souscriptions. Il a donc dû annoncer le 17 décembre dernier qu’il n’acceptait plus de cotisations.

« C’est un peu dommage, car il y a une forte demande, déplore Mme Morin. Cependant, ceux qui contribuent par retenue sur le salaire ou par débits préautorisés ne sont pas touchés. »

SOUTENIR LES FEMMES EN FINANCES

Elle-même engagée dans la communauté, elle siège au conseil d’administration de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement (CVCA) ainsi qu’à celui d’Investissement Québec. Elle a reçu en 2019 le Prix Inspiration-Andrée-Corriveau de l’Association des femmes en finances du Québec, dont elle est membre. 

L’avancement des femmes en finances, notamment en capital de risque, où elles demeurent ultra-minoritaires, lui tient énormément à cœur. « Attirer des femmes dans le métier d’investisseur de capital de risque et leur donner les occasions de s’y développer est crucial, car cela aide à réduire les biais dans les prises de décisions quand des femmes entrepreneurs demandent du financement », note-t-elle.

Elle doit aussi gérer la croissance interne de Fondaction, qui compte maintenant environ 200 employés. « Fondaction a été un précurseur du développement durable au Québec, rappelle-t-elle. Nous avons démontré notre capacité d’innovation et je souhaite que nous puissions avoir encore plus d’impact, tout en dégageant des rendements financiers, sociaux et environnementaux très positifs. »