Maison, voiture et parapluie flottant en mer, sur un radeau.
Photo : Kirill Cherezov / 123RF

L’assurance de dommages devrait mieux supporter les 12 prochains mois que les autres secteurs financiers, croit Natalie Taylor, gestionnaire de portefeuille à Gestion d’actifs CIBC.

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Les résultats du deuxième trimestre des banques américaines, qui se terminait un mois plus tôt, ont donné quelques indices sur ceux des institutions financières canadiennes, qui seront annoncés la dernière semaine de mai, selon l’experte.

« Les banques américaines ont annoncé une hausse des provisions pour pertes sur prêts. Leurs consœurs canadiennes pourraient annoncer une situation similaire et même plus sévère, puisque leur second trimestre comprenait un mois supplémentaire de confinement », note-t-elle en référence aux différentes mesures de distanciation sociale prises par les provinces et États en raison de la pandémie de COVID-19.

« En outre, les institutions financières canadiennes sont plus exposées au pétrole et au gaz naturel, qui ont été particulièrement touchés. Et elles profitent moins de l’activité accrue sur les marchés de capitaux, car elles en tirent une moindre partie de leurs revenus que les banque américaines », poursuit Natalie Taylor.

QUELLES CONSÉQUENCES?

Alors, quelles répercussions va avoir la crise sur la profitabilité et les liquidités des banques? L’experte avance plusieurs facteurs.
« Les taux d’intérêt ont diminué précipitamment sous l’effet des mesures des banques centrales pour soutenir l’économie et cela aura un effet négatif à terme sur les marges de profit des banques. Cependant, l’amplitude des pertes sur prêts a eu de plus grandes conséquences sur la profitabilité pendant la récession. Quant aux liquidités, les banques centrales en ont inondé les marchés à la suite des inquiétudes du mois de mars, ce qui a réduit les coûts d’emprunt et amélioré le fonctionnement du système », note Natalie Taylor.

« Il faut se rappeler que depuis la dernière crise financière, les autorités de réglementation ont rehaussé substantiellement les exigences de liquidités des banques et le capital qu’elles se doivent de détenir. Ces exigences accrues, accompagnées des mesures rapides des banques centrales en début de crise, ont donné aux institutions financières des bases solides pour absorber les pertes et répondre aux besoins de liquidités de leurs clients », poursuit-elle.

À court terme, l’experte entrevoit des défis pour le secteur bancaire tant que la durée et l’ampleur de la récession demeurent incertaines.

« Généralement, en période de récession, les banques voient leurs provisions pour pertes sur prêts augmenter de trimestre en trimestre et leurs titres subissent des pressions jusqu’à ce qu’il soit clair que le pic est atteint, à la suite de quoi la reprise peut avoir lieu. Nous croyons que ce processus va s’étaler sur les prochains six à douze mois. Cependant, bien que les profits vont décliner, les banques devraient rester profitables et continuer de bâtir du capital et de verser des dividendes. Les hausses de dividendes et les rachats d’action n’auront en revanche pas lieu pour un certain temps », dit Natalie Taylor.

VERS QUOI SE TOURNER?

Son secteur financier préféré dans le contexte actuel : les assureurs de dommages.

« Cette industrie est bien moins sensible aux taux d’intérêt, peu exposée au risque de crédit et capable d’ajuster ses prix pour compenser les pertes subies durant la crise », argue Natalie Taylor.
Du côté de l’assurance commerciale, l’experte pointe l’assureur américain WR Berkley et le canadien Fairfax Financial. Dans l’individuelle, elle croit que les perspectives sont encore meilleures, car les gens conduisent moins et font donc moins de réclamations pour des accidents.

« Au Canada, Intact pourrait profiter de cette situation vu sa taille et ses perspectives de croissance par consolidation. Aux États-Unis, Progressive a une excellente équipe de souscription, une offre à bas prix et des perspectives de croissance », dit Natalie Taylor.
Enfin, elle voit des promesses du côté des gestionnaires de fonds dits alternatifs, comme Brookfield Asset Management (un sous-gestionnaire de Gestion d’actifs CIBC), qui a récemment racheté la firme Oaktree et possède assez de liquidités pour saisir les bonnes occasions dans le contexte actuel.