Le nombre de ventes sur le marché immobilier résidentiel québécois devrait diminuer de 7 % par rapport à 2016 et représenter 72 500 transactions, annonce la Fédération des chambres immobilières du Québec.

La FCIQ, qui présentait mardi ses prévisions pour l’année, attribue en grande partie cette baisse aux nouvelles règles hypothécaires instaurées par le ministre fédéral des Finances à l’automne dernier.

Celles-ci incluent notamment l’instauration d’un test de simulation de crise des taux d’intérêt pour les prêts hypothécaires avec une mise de fonds inférieure à 20 %. Elles auront « un impact direct sur le nombre de premiers acheteurs au Québec. Plusieurs acquéreurs potentiels seront disqualifiés, ce qui entraînera un repli des ventes », estime Paul Cardinal, directeur de l’analyse de marché à la Fédération.

HAUSSE DES PRIMES DE LA SCHL : PAS D’INCIDENCE

Et ce n’est pas l’annonce de mardi de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) sur la majoration des primes d’assurance prêt hypothécaire qui changera la donne, assure l’analyste joint par Conseiller.

D’une part, le prix médian des unifamiliales au Québec étant de 234 500 dollars, la hausse pour un acheteur ayant 5 % de mise de fonds sera « de l’ordre de 4,20 dollars par mois » (sur la base d’un taux fixe de 2,94 % sur cinq ans et une période d’amortissement de 25 ans). « Cela ne devrait donc pas avoir d’impact important sur la décision d’un ménage d’acheter ou non », croit l’analyste.

La FCIQ tient compte des changements apportés par la SCHL dans ses prévisions, ayant anticipé un tel scénario en raison des nouvelles règles imposées depuis le 1er janvier par le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF). En effet, les assureurs hypothécaires « doivent dorénavant respecter de nouvelles normes les obligeant à conserver un niveau de capital plus élevé », d’où l’augmentation des primes de la SCHL, poursuit Paul Cardinal.

MONTRÉAL DEVRAIT S’EN SORTIR UN PEU MIEUX

À l’instar du reste de la province, l’activité sur le marché immobilier résidentiel dans la région de Montréal diminuera cette année. La Fédération s’attend ainsi à ce que 37 750 transactions soient conclues au cours des 12 prochains mois, ce qui représente une diminution de 5 % par rapport à 2016.

En revanche, la baisse des ventes ne devrait pas affecter les prix des habitations et la FCIQ anticipe même une légère hausse dans la région montréalaise. Le prix médian des maisons unifamiliales devrait atteindre 297 000 dollars, soit une augmentation de 1 % comparativement à 2016. Toutefois, pour les copropriétés, l’organisation prévoit que le prix médian demeurera stable à 240 000 dollars.

« Comme une tendance à la baisse du nombre de propriétés à vendre s’est solidement ancrée au cours des derniers mois dans la région, les conditions du marché changeront peu en 2017 en dépit du repli des ventes. Les segments de l’unifamiliale et du plex demeureront relativement équilibrés, tandis que celui de la copropriété, dont le surplus d’inventaire s’est passablement résorbé au cours des derniers mois, n’avantagera que légèrement les acheteurs », détaille Paul Cardinal.

RELÈVEMENT GRADUEL DES TAUX HYPOTHÉCAIRES

Par ailleurs, la FCIQ dit « entrevoir une stabilité au chapitre des prix » sur le plan provincial, le prix médian d’une maison unifamiliale se maintenant autour de 234 500 dollars. « Ici encore, les nouvelles règles hypothécaires feront sentir leurs effets. Elles réduiront les montants empruntés par plusieurs acheteurs, qui devront inévitablement fixer leur choix sur des maisons moins chères », ajoute l’analyste.

Enfin, la Fédération s’attend à une remontée graduelle des taux hypothécaires, estimant qu’à la fin de l’année, ceux sur cinq ans grimperont de 0,25 à 0,5 %.

« Plusieurs mesures exerceront des pressions à la hausse sur ces taux en 2017, notamment les nouvelles règles du BSIF », conclut Paul Cardinal.

« Le ralentissement de l’immobilier au Canada est loin d’être acquis »

Les mesures visant à restreindre le crédit hypothécaire prises en octobre dernier par Ottawa, jumelées à celles instaurées durant l’été par la Colombie-Britannique pour freiner les investissements étrangers dans la région de Vancouver, risquent de ne pas suffire à ralentir le marché de l’habitation au Canada, estime Desjardins dans une récente note économique.

Se basant sur les plus récentes données de l’Association canadienne de l’immeuble, Benoit P. Durocher, économiste principal au sein du Mouvement, rappelle que si les ventes de propriétés existantes ont affiché un recul de 0,7 % au cours des trois derniers mois de 2016, le prix moyen a en revanche augmenté de 0,5 % durant la même période, avec des hausses de 2,6 % à Toronto et de 9,2 % à Vancouver.

D’AUTRES MESURES

« L’efficacité des nouvelles mesures restrictives demeure pour l’instant incertaine », souligne-t-il.

Sa conclusion? « Le ralentissement souhaité du marché de l’habitation, en particulier dans les régions de Toronto et de Vancouver, est loin d’être acquis. Dans ces conditions, les gouvernements devront maintenir leur vigilance et l’on ne peut pas exclure la possibilité que d’autres mesures restrictives soient éventuellement introduites s’il s’avère que la vitalité du marché de l’habitation se poursuit. »

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