Un homme géant et une femme minuscule debout devant un coucher de soleil.
Photo : prazis / 123RF

Quels sont les facteurs qui empêchent les femmes de faire carrière dans l’univers de la finance? Et comment se comportent celles qui parviennent à briser le « plafond de verre » et à occuper de hautes fonctions?

Pour tenter de répondre à ces questions, trois chercheurs européens ont récemment analysé quelque 200 études portant sur les comportements, les pratiques et le déroulement de carrière des femmes et des hommes dans les secteurs bancaire et financier. Dans une tribune publiée vendredi par Le Monde, Antoine Rebérioux, du laboratoire Dynamiques sociales et recomposition des espaces de l’Université de Paris, Gunther Capelle-Blancard et Jézabel Couppey-Soubeyran, du Centre d’économie de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, soutiennent que « les progrès de la parité ne garantissent pas l’effacement des stéréotypes ».

Les clichés de genre, comme le fait que les femmes seraient plus prudentes, moins audacieuses ou encore moins entreprenantes, sont « de plus sont de plus en plus examinés et débattus, mais pas encore déconstruits », notent-ils d’emblée.

LES STÉRÉOTYPES ONT LA VIE DURE

Les résultats de plusieurs enquêtes tendent à prouver qu’il existe de profondes différences en termes d’habitudes et de préférences entre les femmes et les hommes. Les premières montreraient ainsi une plus grande aversion au risque que les seconds. Elles estiment également posséder une moins bonne culture financière que leurs homologues masculins, ce qui les conduit, semble-t-il, à choisir des placements plus sécuritaires.

« Les personnes interrogées ont tendance, dans leurs réponses, à se conformer à l’idée qu’elles se font de ce que la société attend d’eux. Plus les stéréotypes sont prégnants et plus on s’y enferme, que ce soit en répondant à une enquête ou en prenant effectivement des décisions financières », expliquent les trois chercheurs.

En plus d’alimenter les clichés, les enquêtes destinées à mesurer l’influence du genre dans le secteur financier tendent à confirmer les stéréotypes accolés aux femmes. Selon la neurofinance, les différences entre les deux sexes s’expliqueraient notamment par des considérations biologiques comme le taux de testostérone. Ces études écartent les explications socioculturelles, critiquent les chercheurs.

L’ÉDUCATION FINANCIÈRE JOUE UN RÔLE PRIMORDIAL

Pour avoir un tableau de la situation réelle dans le monde de la finance et de la banque en matière de parité hommes-femmes, les auteurs de cette étude affirment qu’il importe de tenir compte du contexte, de l’expérience et surtout de l’éducation, en particulier de l’éducation financière, dont le niveau est « faible partout et pour tout le monde, mais plus encore pour les femmes ».

Ce dernier facteur influencerait fortement les comportements. Cela expliquerait pourquoi les femmes planifient moins facilement leur retraite ou sont moins habituées à s’intéresser aux marchés boursiers que les hommes, « ce qui réduit la part des revenus qui en résultent ».

Selon eux, une meilleure éducation financière permettrait de « combler l’écart de comportement entre hommes et femmes ». En outre, bien que ces dernières se montrent très prudentes lorsqu’elles gèrent un portefeuille de titres, cela leur évite de subir des pertes trop importantes en cas de repli du marché. En fin de compte, « le rendement net de leur portefeuille n’est pas forcément plus faible ».

LE MÊME STYLE DE GESTION QUE LES HOMMES

Finalement, « [la] proportion [de femmes] diminue avec le niveau de qualification, de prestige et de salaire », indiquent les auteurs, qui rappellent qu’à Wall Street ou à la City, elles gagnent « de 25 % à 60 % de moins » que leurs homologues masculins, qu’« elles sont souvent moins promues, tenues à l’écart des meilleurs clients et ont de bien moindres bonus ». Bref, concluent-ils, « la finance reste un univers machiste et sexiste », ce qui conduit les femmes qui veulent s’intégrer dans cet « environnement hostile » à « adopter les codes masculins ». Pour forcer la barrière des genres, les femmes doivent « épouser les codes masculins et se faire plus conservatrices lorsqu’elles accèdent aux commandes ».

La question se pose donc, si les secteurs financier et bancaire devenaient plus paritaires, que se passerait-il? Les écarts de comportements, de préférences ou de styles de gestion s’accroîtraient-ils ou diminueraient-ils? Seul le temps nous le dira.