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Alors que l’action de Fiera Capital stagne et que le titre a perdu de plus de 30 % en deux ans, son président du conseil et chef de la direction se veut combatif, rapporte La Presse.

Dans une entrevue publiée mardi, Jean-Guy Desjardins estime « ridicule » le fait que le cours boursier de sa compagnie ne cesse de reculer, pour atteindre aujourd’hui environ 10 dollars. « Ça n’a pas de bon sens. Quand quelque chose ne tient pas la route, ça attire les mouches », s’inquiète-t-il.

À la question de savoir s’il serait prêt à vendre l’entreprise qu’il a fondée en 2003, le dirigeant laisse entendre qu’il envisage différents scénarios. « J’ai toujours dit que je ne voulais pas vendre Fiera. Mais lorsque tu regardes le prix de l’action, ça t’ébranle. Si le marché canadien ne peut voir la valeur intrinsèque de Fiera et son potentiel à long terme et qu’un Chinois le voit, tough luck ! », se borne-t-il à déclarer.

LES PETITS INVESTISSEURS CRAIGNENT UNE RÉCESSION

Selon lui, le titre de sa société devrait en effet plutôt se négocier à une quinzaine de dollars, tandis qu’un éventuel repreneur devrait être prêt à débourser de 20 à 22 dollars pour mettre la main sur le groupe. « À 10 dollars, un acquéreur se dit qu’il peut peut-être avoir Fiera pour 14 ou 15 dollars par action. En mettant une prime de 40 % à 50 % sur un titre à 10 dollars, il y a de bonnes chances que beaucoup de monde [parmi les actionnaires] diront oui », déplore Jean-Guy Desjardins.

Répondant à de récentes critiques émises par certains gestionnaires de portefeuille québécois, notamment Medici, qui affirmaient que le modèle d’affaires de croissance par acquisitions de Fiera n’était pas intéressant pour les actionnaires, Jean-Guy Desjardins se dit extrêmement étonné par leur analyse de la situation de la firme. « C’est une farce ! Ils ne sont jamais venus nous voir pour discuter », dénonce-t-il. Il admet cependant que, en raison de la stagnation du cours de l’action de Fiera depuis six ans, les actionnaires n’ont effectivement « pas fait d’argent ».

Si l’on en croit le patron de la société, la sous-évaluation de Fiera serait en grande partie due au fait que plus du tiers (35 %) de ses actions sont contrôlées à l’interne et que les actionnaires institutionnels en détiennent eux aussi une proportion équivalente. « Il en reste de 25 % à 30 % qui sont détenues par les petits investisseurs individuels. Dans un environnement où 60 % des gens pensent qu’il y aura une récession, ça affecte les petits investisseurs, et c’est ce qui place l’action sous pression. Il n’y aura pas de récession, au contraire, car les banques centrales stimulent l’économie partout », analyse-t-il.

L’AVENIR EST AUX PLACEMENTS PRIVÉS OU ALTERNATIFS

Dans l’entrevue accordée à La Presse, Jean-Guy Desjardins affirme par ailleurs que la piètre évaluation boursière de Fiera l’empêche d’aller de l’avant comme elle le souhaiterait dans ses projets d’acquisition et dans son programme de rémunération des actionnaires. Si l’actif sous gestion du groupe a augmenté durant ces dernières années (surtout grâce aux acquisitions en Amérique du Nord, en Europe et en Asie) pour s’établir à 160 milliards de dollars, l’objectif affiché a toujours été de franchir le cap des 200 milliards d’ici à 2020. Or, vu les circonstances actuelles, le président du conseil et chef de la direction de Fiera doute désormais que cela soit possible

« J’ai placé l’objectif à risque en mettant l’accent sur les acquisitions dans le placement alternatif, où il faut payer très cher pour peu d’actifs. Ça n’aide pas à atteindre 200 milliards d’actif, mais c’est ce qui est approprié pour Fiera, même si j’ai un plan de rémunération qui dépend de façon importante de l’atteinte de cet objectif », souligne le dirigeant. Sa conclusion? L’avenir se jouera dans le marché des placements privés ou alternatifs (immobilier et infrastructures, entre autres) et, d’ici à 2024, celui-ci devra doubler d’importance dans les activités de la firme. Celles-ci « deviendront l’épine dorsale de Fiera d’ici les 10 ou 15 prochaines années », prévoit-il.