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Le PDG de la banque danoise Danske Bank, Thomas Borgen, a remis sa démission mercredi le 19 septembre dernier, après qu’une enquête eut révélé que des paiements totalisant plus de 200 milliards d’euros (303,7 G$ CA) ont transité par sa petite succursale estonienne, rapporte Reuters.

L’argent provenait de Russie et de pays de l’ex-Union soviétique, mais aussi de compagnies enregistrées au Royaume-Uni ou dans les Îles Vierges britanniques. Une certaine proportion proviendrait de sources suspectes et pourrait avoir fait partie d’opérations de blanchiment d’argent, a avoué la banque. Elle aurait notamment été utilisée par un membre de la famille du président russe Vladimir Poutine et par le FSB, le service de renseignement russe.

L’information avait déjà fait l’objet d’un reportage choc dans le quotidien Berlingske. La banque a par la suite reconnu qu’elle avait découvert des échecs de contrôle et de conformité. Elle a aussi avoué qu’un grand nombre de transactions étudiées dans un rapport interne étaient suspectes.

MANQUE DE TRANSPARENCE

Le rapport interne de la Danske Bank porte sur environ 15 000 clients et des paiements d’une valeur de 9,5 millions de dollars américains (12,3 M$ CA) effectués entre 2007 et 2015. Il  conclut que le président du conseil d’administration Ole Andersen et le conseil lui-même n’ont pas enfreint leurs obligations légales.

Les politiciens danois ont critiqué la banque pour ne pas avoir dévoilé exactement le montant d’argent qui pourrait avoir été blanchi et pour ne pas avoir désigné de responsables légaux pour ces manquements.

« Il est très embarrassant que pendant tant d’années se soient faites des transactions qui n’avaient pas lieu d’être, a déploré le ministre du commerce danois Rasmus Jarlov en conférence de presse. Une grande partie doit être considérée comme du blanchiment d’argent et ce n’est pas acceptable de la part de la Danske Bank. »

Âgé de 54 ans, Thomas Borgen était à la tête des opérations internationales de la banque danoise, incluant l’Estonie, entre 2009 et 2012.

« Bien que j’ai été personnellement exonéré légalement, je porte la responsabilité ultime, a soutenu celui qui restera en poste le temps qu’un successeur lui soit trouvé. Il n’y a aucun doute que nous avons échoué comme organisation dans cette affaire et que nous n’avons pas rencontré les attentes. »

UNE FAUTE COÛTEUSE

« Comme il s’agit du plus grand scandale de blanchiment d’argent dans l’histoire de l’Europe et que la Danske Bank est une institution majeure qui envoie de l’argent partout dans le monde, j’imagine que cela retiendra l’attention des autorités américaines », soutient Bill Browder. Ce dernier est fondateur et PDG de Hermitage Capital Management et militant contre la corruption en Russie (il a signé Red Notice, publié chez Simon & Schuster en 2015).

Au Royaume-Uni, l’Agence nationale du crime (NCA) enquête sur l’utilisation d’entreprises enregistrées dans ce pays, selon Reuters. LA NCA soutient que la menace posée par l’utilisation de compagnies britanniques pour blanchir de l’argent est de notoriété publique et que le pays travaille à le mitiger.

Chose certaine, ces manquements risquent de coûter cher à la banque danoise, dont les actions ont déjà perdu plus d’un tiers de leur valeur, alors que cette dernière avait doublé entre 2013 et 2017.

La banque néerlandaise ING avait payé 775 millions d’euros (1,176 G$ CA) après avoir admis que des criminels y avaient blanchi de l’argent. Quant à la banque lettone ABLV, elle a été bannie du réseau financier américain à la suite d’accusations de blanchiment d’argent liées à la Corée du Nord. Elle a prononcé sa liquidation volontaire plus tôt cette année.