Une femme devant un bureau avec un stylo. Des papiers sont devant elles, certains sont froissés. Elle semble soucieuse.
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Au cours des deux dernières années, divers rapports ont décrit une « récession des femmes », soulignant les différentes façons dont les effets économiques de la pandémie ont été supportés de manière disproportionnée par les femmes. Une récente étude américaine suggère que les conseillères ne font pas exception.

Selon un article publié l’automne dernier dans la revue Financial Planning Review, les conseillères ont signalé une plus grande augmentation du stress que leurs collègues masculins depuis le début de la COVID-19. Il s’agit notamment d’un stress plus important lié au travail, aux responsabilités familiales et à ce que les auteurs appellent le « stress empathique », c’est-à-dire le fardeau que représente le fait d’être témoin des effets de la pandémie sur leurs clients.

Les auteurs – trois universitaires américains et le planificateur financier Michael Kitces – ont interrogé 499 conseillers américains entre août et octobre 2020, lorsque les marchés ont rebondi après la chute de mars, mais avant la mise au point des vaccins. Michael Kitces, bien connu dans le secteur grâce à son blogue Nerd’s Eye View et à la lettre d’information The Kitces Report, a mené l’enquête sur son site Internet.

Si les conseillers, hommes et femmes, ont signalé une « augmentation significative » du stress lié au travail, l’effet était plus important chez les femmes, de même que l’impact négatif sur la satisfaction de la vie. L’une des raisons pourrait être que les femmes ont signalé des niveaux de stress plus élevés en raison de la gestion de la famille et d’autres responsabilités non liées au travail.

Il est intéressant de noter que la réduction des revenus et le travail en dehors du bureau habituel n’ont pas été considérés comme des facteurs de stress importants pour les femmes ou les hommes.

Les auteurs ont noté que d’autres recherches sont divisées sur la façon dont la COVID-19 a affecté le travail et les responsabilités domestiques ; certaines études montrent que les hommes ont pris une plus grande part en travaillant à domicile. Cependant, parmi les conseillers interrogés, seules les femmes ont vécu les responsabilités familiales comme un facteur de stress personnel important, « ce qui a eu un impact négatif significatif sur leur bien-être », indique le document.

Les auteurs ont également constaté des différences dans la façon dont les conseillers masculins et féminins réagissaient à l’impact de la COVID-19 sur les clients. Les deux ont déclaré avoir ressenti du stress au nom des clients « à des niveaux supérieurs à un point médian neutre », selon l’article, mais l’effet était plus important chez les femmes.

Cette constatation n’est pas surprenante. Les auteurs soulignent ainsi que des recherches antérieures (et des stéréotypes culturels) suggèrent une empathie supérieure chez les femmes. Cette caractéristique présente de nombreux avantages. Par exemple, les auteurs citent des recherches qui montrent que l’empathie perçue des vendeurs permet de prédire la qualité de la relation avec les clients des banques. Pour la même raison, l’empathie peut être une qualité importante pour les conseillers.

Toutefois, « [l]es conseillers qui s’engagent avec un haut degré d’empathie risquent de souffrir de stress et d’épuisement », indique l’article.

Le fait que les femmes aient signalé des niveaux plus élevés de stress empathique constitue un risque potentiel pour un secteur déjà dominé par les hommes. (Conformément aux données démographiques du secteur, l’échantillon utilisé dans l’étude était disproportionnellement masculin – 75,4 %, contre 76,8 % chez les planificateurs financiers agréés américains).

Si les femmes sont plus nombreuses à souffrir d’épuisement professionnel, elles peuvent aussi être plus susceptibles de quitter le secteur. Les auteurs suggèrent qu’une réflexion plus approfondie sur le développement d’interventions visant à atténuer ce type de stress est justifiée.

Ils mettent également en avant une recherche qui pourrait contribuer à expliquer le stress et la charge domestique plus importants des femmes : les femmes sont plus susceptibles que les hommes de consacrer leur temps libre à des tâches domestiques. « Si les congés familiaux accordés aux employés doivent être utilisés d’une manière sexuée qui n’aboutit pas à l’égalité des chances, écrivent les auteurs, les entreprises pourraient alors envisager d’autres avantages (par exemple, des services de garde d’enfants ou d’entretien ménager rémunérés) qui seraient plus susceptibles de libérer du temps pour les employés, quel que soit leur sexe. »