Une femme devant un ordi qui regarde sa tablette.
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L’entrepreneuriat féminin gagne en popularité. « Les femmes sont de plus en plus nombreuses à se lancer en affaires et elles le font moins timidement qu’avant », affirme Déborah Cherenfant.

Cette dernière est bien placée pour le savoir. En tant que directrice régionale, Femmes entrepreneures, au groupe Banque TD, elle accompagne au quotidien des femmes qui fondent leur entreprise.

Elle constate des changements dans la façon d’entreprendre parmi les jeunes femmes de 20 à 34 ans, surtout dans les secteurs qu’elles investissent. « Elles sortent des domaines traditionnels que sont les services professionnels, les soins personnels pour lancer des entreprises technologiques ou à impact social durable, par exemple. »

Les chiffres le prouvent. Selon la Fondation de l’entrepreneurship, 41 % des propriétaires d’entreprises québécoises sont des femmes. Et la pandémie n’a pas freiné cet élan. « Ce serait même plutôt le contraire », constate Mme Cherenfant, qui est aussi présidente de la Jeune chambre de commerce de Montréal.

PRUDENTES ET AGILES

On le sait, la crise sanitaire a eu un impact majeur sur l’emploi des femmes. Plusieurs veulent améliorer leur sort en démarrant leur entreprise. « Le télétravail leur a permis d’économiser quelques heures tous les jours, ce qui a incité beaucoup de femmes à démarrer leur entreprise à temps partiel, ajoute-t-elle. C’est une forme de démarrage plus prudent, mais qui leur permet en même temps de mieux contrôler l’évolution de leur entreprise. Elles se lancent par passion, pour augmenter leur revenu et pour réaliser un rêve. »

Si elles se montrent plus prudentes, elles sont aussi plus agiles. Elles l’ont prouvé en ce temps de pandémie. Effectivement, les entreprises à propriété féminine sont celles qui se sont le mieux adaptées au contexte de crise. Selon Statistique Canada, 40 % d’entre elles ont modifié leurs produits ou services contre 28 % pour l’ensemble des entreprises.

FEMMES NOIRES ET ENTREPRENEURES

L’intention d’entreprendre est particulièrement manifeste chez les femmes noires. « La tendance était là avant la pandémie. Elle est apparue d’abord aux États-Unis, puis ici. Étant donné leur plus grande difficulté à se trouver un emploi, elles décident de se lancer à leur compte. Le phénomène s’est amplifié dans la foulée de la mort de George Floyd et du mouvement Black Lives Matter », explique Mme Cherenfant

Elles investissent majoritairement des secteurs traditionnels comme la restauration, la coiffure ou le commerce de détail, etc. Un « entrepreneuriat de subsistance » qui ne leur procure pas assez de visibilité auprès de l’écosystème d’affaires.

« Le plus grand obstacle, c’est qu’on manque de modèles, déplore Déborah Cherenfant. Il y a moins d’entrepreneures noires en nombre et, en plus, on en parle moins. Comme je dis souvent : le fait de démarrer une épicerie africaine va moins faire la une qu’un autre type d’entreprise. Il faut changer notre regard sur l’entrepreneuriat. Il y a plusieurs modèles à succès et même si certains sont moins trendy, ils n’en permettent pas moins aux femmes noires de prendre leur destin en main. »

« Il y a encore des biais inconscients qui font que nous ne sommes pas habitués à les voir dans certains rôles, comme celui de leader économique », conclut-elle.

Le temps est venu pour ces femmes de nous prouver que nous avons tort et qu’elles ont en effet un grand rôle à jouer de l’entrepreneuriat de demain.